Après les Romantiques, au XIXe siècle, il y a eu une période de renouvellement.
Baudelaire est le grand poète de cette époque, à la charnière entre le passé et la modernité. Il publie en 1857, Les Fleurs du Mal, un recueil qui lui vaut un procès. On juge son œuvre scandaleuse. ( d'un point de vue moral ) = il évoque le monde de la prostitution, l'homosexualité, il faut preuve d'un regard cruel sur le monde. Doit retirer 7 poèmes, les pièces interdites.
Le titre est déjà un programme si on l'analyse.
Les Fleurs du Mal
Fleurs --› Beauté, La vie, La renaissance ( symbole positif )
Mal --› Mal de vivre, ce qui est considéré comme immoral
Oxymore
Son projet esthétique = transformer la laideur du monde en beauté grâce à l'écriture poétique.
Le recueil contient plusieurs sections, la + célèbre « Spleen et Idéal »
Spleen = Rate = Organe du corps. Dans la médecine antique on pensait que la rate produisait un liquide ( la bile noire ) --› rendait mélancolique
On passe du nom de l'organe au nom du sentiment.
Un état de tristesse profonde, de désespoir.
Idéal = Forme une antithèse avec le terme « Spleen »
Tout ce qui nous exalte, nous tire vers le haut : l'Art, la Religion, l'Amour, les grandes idées
« La Musique » est un poème issu de cette section. Il est composé de 2 quatrains et 2 tercets, et il est hétérométrique : alternance d'alexandrins et de pentasyllabes.
Dans ce poème, Baudelaire évoque l'expérience musicale au moyen du comparaison avec l'élément marin. --› expérience abstraire
--› image concrète
La mer prête donc son image à l'évocation d'un art.
Problématique : Comment Baudelaire rend-t- il compte par le biais de son écriture poétique d'une expérience singulière de la musique.
I/ Analogie mer/musique
a) Le poème repose sur une double analogie
Dés le vers 1 : musique = mer
De nombreux éléments lexicaux qui renvoient à la mer = « flots », « tempête », « bon vent », « calme plat ».
Certains mots sont ambigus= ex : syllepse sur le mot « voile »
1er sens : cache la vue
2ème sens : toile ( avec lequel il rime)
Des éléments qui renvoient à la musique :
« vibrer », « poumons gonflés », comme un musicien, « me bercent »
« le bon vent » --› instruments à vent, « le dos » --› « le dos »
Deuxième analogie, qui assimile le poète et un bateau.
v.4 : « je mets la voile »
« les poumons gonflés comme de la toile »
« J'escalade le dos des flots amoncelés »
« Toutes les passions d'un vaisseau qui souffre »
Système analogique : Si la musique, c'est la mer, le poète écoutant la musique, se fait bateau lancé en mer.
b) Analogie musicale
- Jeu des sonorités suggère aussi l'analogie
- Dés le vers 1 : allitération en [ m ], le bruit doux des vagues --› diffuse dans tout le poème
allitération en [ v ], consomme vibrante --› le bruit du vent
allitération en [ l ], consonne liquide --› évoque le flux de l'eau
--› On peut parler d'harmonie imitative = les sens « imitent » le bruit de ce que les mots décrivent
Les voyelles se répètent aussi de manière musicale :
- Assonance en [ oi ] --› association de 2 voyelles, très sonores
c) Le rythme
Alternance entre alexandrins ( vers le + long de la versification, vers noble, équilibré )
et pentasyllabes.
Rythme souvent binaire.
( court, moins d'un hémistiche, Impair )
--› Impression d'imcomplétude
--› Rythme de la houle, mouvement des vagues
Mouvement de crescendo et de decrescendo
- Enjambement : « j'escalade de dos des flots amoncelés / Que la nuit me voile »
--› relative associée à « flots »
--› Traduit le passage de flots par le poète pris par la musique
--› La diérèse à « convulsions » --› porter l'attention sur le mot
Apporte une note discordante dans l'harmonie
Rythme des deux derniers vers = heurté, syncopé, comme si la musique devenait dysharmonieuse.
II/ L'expérience musicale
a) Une expérience personnelle
Poème lyrique, avec présence d'un « je »
Vocabulaire de la sensation : « je sens », « mon désespoir », « qui souffre »
Expérience violente : « me prendre » --› Traduit une possession violente « convulsions »
Vocabulaire du corps : « ma poitrine », « mes poumons » --› La musique est une expérience total pour le poète.
Plusieurs sens sont évoqués : la vue, ouïe, le toucher ( « me bercent », « vibres » )
- Expérience ambivalente, oscillant entre joie et douleur.
b) Une expérience exaltante
- « me prend comme une mer » --› La
mère --› Quelque chose d'enveloppant, de rassurant
« me bercent » --› image maternelle.
- L'expérience est présentée d'abord comme un voyage libérateur
« Vers » --› préposition qui indique un mouvement
« ma pâle étoile » + « éther » --› mouvement vers le haut, ascendant
Mouvement de conquérant --› « poitrine en avant », « poumons gonflés »
--› « dos des flots »
L'apogée de cette expérience se situe au vers 9 --› « Je sens vibrer en moi toutes mes passions d'un vaisseau qui souffre » --› pluriel + expression du
plus nombreux
1/ Un sens positif
--› Référence de Wagner
( Hollandais Volant )
2/ Un sens négatif
--› Passion = Patrior ( subir, supporter, souffrir )
--› La souffrance que l'on subit
c) L'expérience peut être décevante
Strophe 3 : mots à connotation négative « convulsions »
Dernière strophe --› mouvement descendant « immense gouffre »
Dernière phrase sans verbe traduit la chute du poète
« D'autres fois, calme plat, grand miroir/ De mon désespoir »
Elle constitue la note final du poème, négatif.
Spleen = désespoir
Antithèse avec le poème.
Conclusion : L'écriture poétique de Baudelaire :
Grande attention qui est portée, comme le titre l'indique, à la forme harmonieuse de l'écriture
--› Poète qui voue un culte à la Forme ( l'Art pour l'Art )
La mère représente un idéal de l'évasion, de liberté, d'émotion esthétique
Mise en perspective : « Le Bateau Ivre » de Rimbaud, hommage à Baudelaire