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La Représentation Littéraire Partie 4

IV/ Pouvoir de la représentation littéraire

A) Représentation littéraire comme expression

Capacité pour l’auteur de s’exprimer dans son œuvre, Montaigne, Essais dans préface: «c’est moi que je peins ». L’œuvre représente l’auteur comme dans l’autobiographie = Rousseau. Ou préface des Contemplations : Mémoires d’une âme => 1er niveau de lecture, « miroir ». A compris que la représentation littéraire peut représenter un individu, peinture de son être. Pouvoir de garder une trace de l’âme, de la nature, de la personne. Cette représentation de l’auteur = dépasse la nature individuelle de l’auteur car représentation de l’âme et de la destinée = représentation qui est miroir de la destinée des autres hommes. Lyrisme pour lui pas individuel, communication avec autrui. Dimension quasiment mythique de son ouvrage, notion d’ «obscurité» et d’ « énigme» et «rayon» = dimension spirituelle, la poésie pour Hugo, langage qui permet d’accéder à des vérités cachées (romantisme), représente son âme pas en tant qu’individu mais en tant qu’âme inscrite dans une destinée collective. Sens de la vie de l’homme sur terre. Existence de l’homme qui est périssable. Saisir la destinée complète de l’âme qui doit aspirer à un infini. Permet à Hugo de représenter sa personne mais aussi parler de tous les autres. Proust qui envisage la production littéraire comme origine d’un autre moi: Contre Sainte-Beuve, « un livre est le produit d’un autre moi que celui que nous manifestons dans nos habitudes, dans la société, dans nos vices. Ce moi là si nous voulons essayer de le comprendre, c’est au fond de nous-mêmes, en essayant de le recréer en nous que nous pouvons y parvenir.» = pouvoir de la représentation littéraire pour représenter la nature réelle de l’auteur. Le livre ne reflète pas la personne de l’auteur. Rupture entre la personne biographique et la facette de la biographie responsable de l’œuvre = personnalité plus profonde selon lui. fait venir au jour le moi profond de l’artiste. L’œuvre est une révélation pour Proust, miroir qui reflète une réalité cachée.

 

B) La représentation littéraire comme création d'une forme rendant le monde intelligible

Œuvre nous permet d’appréhender le monde, pas forme incompréhensible mais une forme qui permet de comprendre le monde qui est opaque. Fiction qui crée des formes susceptibles de représenter le monde.

 

1) Relecture de la mimesis d'Aristote par Ricoeur dans Temps et récit 

Rappelle qu’Aristote considérait la représentation comme une création. Représentation d’action épurée. Pour Aristote, la représentation est une structure qui rend compréhensible l’action des personnages. Ricoeur rappelle que récit est une structure qui organise les événements dans une trame temporelle. La composition de l’intrigue contribue à créer une forme intelligible qui tend à l’universel: «Composer l’intrigue, c’est déjà faire surgir l’intelligible de l’accidentel, l’universel du singulier, le nécessaire ou le vraisemblable de l’épisodique.». On ne représente que les actions qui ont un sens pour la globalité de l’intrigue.Représentation est une représentation qui épure. => récit bref, structure des événements est fondamentale pour le sens des récits = cas chez La Fontaine et Maupassant (effets de symétrie), structure contribuant à la chute. Impression de compréhension. Donne l’impression d’être une compréhension meilleure du monde. Cette cohérence globale permet d’appréhender les événements de façon plus intelligible. On comprend mieux le réel chez Maupassant car il a gardé que les événements qui font sens. ≠ monde opaque et inintelligible. Tout ce qui est contingent a été éliminé. Microcosme de ce que l’on peut trouver dans la société chez La Fontaine.

Autre idée de Ricoeur: l’artisan des mots ne reproduit pas des choses, mais l’auteur produit des « quasi-choses », on est dans le domaine du comme si. = fiction. Structure globale qui fait sens. Vraisemblance supérieure à la réalité, pas le contingent ≠ nécessaire. Ex: roman de formation = totalité de l’évolution d’un personnage qui fait sens, d’où il vient et où il aboutit. La fable est simple et intelligible, renvoie à une morale = structure d’intelligibilité du monde. Maupassant = sélection des événements, caractérisation des personnages à grands traits et événements restreints pour conduire à une fin. Le Démon de la théorie : cite Ricoeur en montrant que pour lui: c’est notre façon de vivre le monde, par rapport à des récits, contribue à façonner la perception du monde que l’on a. Ricoeur dit que le récit représente notre connaissance pratique du monde, va informer la façon dont on se représente le monde. La mise en intrigue selon principe de vraisemblance, ce qui va distinguer un roman d’un récit d’histoire = fiction. Le récit littéraire, fictif, non-littéraire = récit façon de comprendre le monde. Représentation littéraire approche non scientifique mais valable de la réalité.

Suite de Compagnon: idée propre à Ricoeur, c’est la question de la temporalité qui importe la représentation littéraire, le récit s’inscrit dans une temporalité, ce qui fait l’essence du récit et c’est ce qui donne forme à notre expérience du monde. La mimesis selon Ricoeur produit une totalité signifiante à partir d’éléments dispersés et se développent dans une temporalité. on met en ordre le monde. On donne forme à l’informe, récit historique = fait de la cause à l’effet = donne du sens à de la contingence apparente.

 

2) La représentation littéraire permet d'approcher une réalité qui paraît opaque.

Permet de saisir une réalité qui nous échappe, capacité de la littérature à donner forme à ce qui relève normalement de l’inconcevable du fait par exemple d’une trop grande beauté: Fleurs du Mal de Baudelaire, poème « Correspondance » qui évoque la théorie des correspondances, donne accès à du supérieur. Met en évidence dans L’Art romantique, «sorcellerie évocatoire», la langue a le pouvoir d'accéder à la vérité profonde. Voyelles de Rimbaud. Correspondance horizontale. Profondeur réalité contingente. La représentation littéraire permet de s'élever vers une forme d'idéale, atteindre une vérité supérieure, permet de donner forme à de l’informe, à un monde qui échappe. Cf Candide, Chartreuse de Parme, Voyage au bout de la nuit, Route de Flandres. Refus de techniques littéraires et évolution selon le contexte politique et social.

 

Texte de Voltaire: « boucherie héroïque », dénonce la violence de la guerre et imposture de l’héroïsme. Parodie d’un certain discours. Mise à distance aussi de l’analyse philosophique de la destinée (Panglos => Leibniz, le meilleur des mondes). Rejet de la notion de providence selon Voltaire, refuse que tout arrive pour le meilleur des mondes possibles. Seule action concrète des individus, actions pas glorieuses et mise à distance de cet éloge de cela dans les textes épiques + refus que tous les malheurs mènent à ce qu’il y a de bon. Dans Voltaire, ironie permet de renverser les préjugés de la guerre.



Texte de Stendhal: Mise à distance de l’épique, et du héros. Description objective de la guerre, point de vue de Fabrice, il ne comprend rien + dédoublement du regard. S’amuse de Fabrice, décalage ironique = voit le feu mais en fait que de la fumée, pris dans une réalité qui le dépasse. Regard du narrateur qui fait ressortir de façon plus objective le caractère incompréhensible de la guerre. Focalisation sur le sang, terre, entrailles de l’animal. Éléments perçus par le personnage inexpérimenté, n’a pas d’image globale de la réalité. Caractère flou et incompréhensible de la guerre qui est souligné. Pas comme Voltaire = sur la légitimité de la guerre. Techniques littéraires là pour rendre compte de l’incompréhensibilité de la guerre.

Texte de Céline: Regard cynique du narrateur, recherche une blessure qui ferait pas trop mal pour ne plus faire la guerre, mort atroce des soldats n’a pas d’importance, point de vue égoïste. Mise en avant de la petite histoire individuelle du personnage ≠ grande histoire de la guerre, passe par la revendication d’une subjectivité. Technique rendant compte de cette perception partielle, mise à distance des valeurs de la France = patriotisme, veut juste sauver sa peau. Revendique son égoïsme. Focalisation interne et style très oral, histoire racontée essentiellement dans le discours du personnage ≠ grand récit historique. Réalité sordide de la guerre qui est une duperie. Vulgaire et trivial, le monde de la souillure et effet de décalage car convoque l’univers de l’enfance. Sert à déconstruire l’héroïsme. Référence à une idéologie: quand il parle du colonel, distance = lui n’est pas gradé, distinction de classe qui perdure, les autres sont désignés par leurs fonctions. D’un côté la hiérarchie, et les soldats qui sont de la chair à canon. Ce sont ici les membres de la hiérarchie qui ont le plus subi l’attaque. Dimension populaire = oppression d’une classe au sein de la guerre. Caractère illusoire des récits nationaux qui célèbrent la patrie.

Texte de Claude Simon: Nouveau Roman, texte déstructuré car en une seule phrase, récit qui est contaminé par des remémorations d’un narrateur personnage et la syntaxe pose problème. Parenthèses qui viennent perturber la lecture + énormément de formes en -ant = effet de continuité: on ne peut pas le situer dans la temporalité, on peut le mettre n’importe où dans le texte. Là structure d’intelligibilité est complexe, montre comment les souvenirs surgissent immédiatement et se succèdent. Souvenir brouillé par les interventions dans notre consciences de pensées. But de ce texte est de montrer comment la réalité de la guerre, le souvenir que l’on en a ne relève pas de l’intelligible. Temporalité où tout est sur le même plan = contribue au brouillage, contribue à rendre l’expérience confuse et rend compte de la confusion de la guerre qu’elle produit. Problème ne vient pas des personnages mais du réel. Individus confrontés à un événement qui les dépasse et qui les rend confus. = on n’arrive pas à se représenter la scène: éléments de l’approximation (rendre compte d’une expérience opaque sans y parvenir), les images problématiques (images des passions pour rendre compte des avions), contraste entre image incongrue et volonté d’être le plus précis possible (lexique géographique, variations d’altitude: ne donne pas sens à la scène). «Là-bas», référence à du connu, suggère qu’on est au milieu de la scène, comme si le narrateur était toujours en train de vivre cette expérience passée. Difficulté à saisir ce qui est en train de se passer. Bruit de machine à coudre, montre que l’on est dans l’approximatif et pas drôle comme chez Céline, ici guerre événement parmi d’autres. Référence à la noyade qui suggère que tout le réel est en train de se dissoudre. Réel qui demeure opaque et évanescent. Texte qui rend compte du caractère incompréhensible de la guerre. Question de l’individu aussi ici qui pose problème = pas d’intériorité. L’expérience est confuse et le souvenir désorganisé. Texte remet même en question l’histoire individuelle = trop vague pour donner une histoire individuelle. Notion même de réalité qui pose problème = La forme rend l’informe, structure signifiante pour rendre compte de l’informe.



Techniques littéraires et représentation de l’irreprésentable: évolution de ces techniques en fonction du rapport au monde et conception de l’individu.

- Evolution technique littéraire: Renouvellement narratif à fin du XIXe, courant de conscience, et monologue intérieur. Dujardin, Les Lauriers sont coupés de 1887, technique ancienne qui est utilisée plutôt dans le courant de conscience. = Virginia Woolf, Mrs Dalloway, flux ininterrompu des pensées = saute d’une conscience à une autre. Recherche sur les techniques narratives pour rendre compte de l’authenticité des consciences et le rapport au monde. Proust avait déjà mis l’accent sur le phénomène de réminiscence et de sensation : mémoire involontaire => recherche littéraire pour rendre compte du fonctionnement authentique de la conscience.

- Le Nouveau Roman (années 50), Tropismes est antérieure et a eu du succès seulement dans les années 50. Psychologie ≠ personne, rejet du personnage réaliste, sa déconstruction, montrer le fonctionnement authentique d’une conscience aux prises à des réalités opaques, cherchent à créer un monde possible: vraisemblance. Influence au XXe de la psychanalyse, accent sur l’inconscient. Remise en question de la cohérence entre conscience et actions, de la question de l’humanité même, plus de sujet, le monde n’est pas intelligible (littérature absurde), phénomène de la guerre, mettent en doute le caractère inintelligible du monde. Nouveau Roman va développer la dimension métatextuelle d’une histoire, rejet de l’intrigue. Rejet du déroulement chronologique de l’action et intérêt pour les objets. Contexte aussi de société de consommation au détriment de l’humain = d’où la place de la description énorme. Montrer qu’il y a une crise de la représentation du monde qui parait opaque à un sujet qui n’existe plus: déshumanisation.

Jalousie de Robbe-Grillet: Description de la bananeraie décrite de façon géométrique, l’intrigue n’avance pas, sentiment de jalousie = passion féconde mais pas de lien ici, pas d’intrigue. Laisse supposer notion d’individu obsessionnel, emploi de termes qui renvoient à la végétation, représentation précise de l’espace mais impossible d’en rendre compte, l’objet semble se substituer à l’intrigue et au personnage, ne fait pas sens. Accumulation de détails qui empêche globalité. Les Gommes: déshumanisation du sujet, attention aux matières, caractère automatique, notion de repas évacuée. Regard qui va zoomer sur un élément précis du repas de Wallas = tomate. Personnage plus traité comme une personne. Citation de Sarraute: refuse pour rendre compte du vrai fonctionnement de la psychologie humaine, ambition de faire de la littérature une peinture abstraite veut se détacher de la représentation, il faut arriver à cerner l’élément psychologique, pour elle le personnage est un trompe l’oeil qui nous détourne du vrai fonctionnement de la psyché = pas même chose que Robbe-Grillet.

Pour un Nouveau Roman: Oeuvre littéraire inscrite dans contexte social et culturel dont les évolutions façonnent la représentation. Ici événements qui ont conduit à rompre avec l’humain, perte des valeurs humanistes, remise en question de l’anthropocentrisme. Rapport au réel qui est problématique car le monde n’est plus une réalité claire. Le monde est opaque. Réalité comme ensemble opaque et informel. Pour Robbe-Grillet, représentation crée des formes qui permettent de donner des significations au monde. Roman et réalité, Sarraute: le réel est invisible car il relève de l’infinitésimal. Le travail du romancier est d’atteindre cet invisible selon elle. Il faut réinventer à chaque fois une nouvelle forme. But est de représenter de l’inconnu. L’ère du soupçon: sort des techniques qui ont fait leur preuves, techniques qui ont fini par devenir artificielles. Littérature qui va vers l’inconnu. Structure qui doit donner sens et créer une forme.

 

C) Représentation littéraire comme fiction: la théorie des mondes possibles

Théorie des mondes possibles: vient des maths, très utile pour le réalisme, c’est la fiction d’un monde possible qui doit fonctionner comme fonctionne le monde. Pavel: réalisme pas réel car position prise par le lecteur, il faut que cette représentation soit possible. Plus largement, toute représentation = jeu avec des mondes possibles. Michaux invente des mondes possibles dans la Nuit Remue en insistant de manière ludique sur le pouvoir d’imagination. « Intervention » consiste à interrompre cette imagination, montre toute la liberté d’imagination du créateur, exhibition du caractère fictif de l’œuvre littéraire. Michaux crée une cohérence interne fondée sur des éléments absurdes : mais cette logique fait sens, relève des rapports de domination entre les hommes, violence cachée derrière les conventions sociales. Dans « Bétonné », renvoie à quelque chose de métaphorique, logique propre à lui (les hommes se transforment en béton), et tout fait sens après. Brise la cohérence interne dans d'autres poèmes.

Représentation comme univers inventé qui peut se substituer au monde réel: ambition de Rimbaud dans les Illuminations, crée dans chaque poème un univers factice et autonome. « Barbare » surgissement d’images impossibles, ≠ entre les images, « H»: pas de clé: appel ironique à une lecture univoque alors que montre que la clé n’existe pas, on ne peut pas définir le H, « Ponts »: activité plus démiurgique du poète qui fait surgir un univers impossible et surgissement brutal et court d’une image frappante, mouvement constant comme-ci il ne cessait de faire surgir cette réalité référentielle: « comédie » comme exhibition du caractère artificiel de cette représentation, « Après le déluge ».

Impossibilité qu’exploite Breton dans Union libre et Manifeste du surréalisme: éloge de l’imagination. On est dans le peut-être pas le probable mais le fictif, liberté totale de l’imaginaire.

Max Jacob, Le Carnet à dés: poème en prose, insiste sur le récit et pas sur le surgissement d’image, association onirique d’éléments pour lui. Détruit la logique comme on la connait pour laisser surgir un univers propre aux fantasmes du poète. Dimension comique/ludique.

Michaux: « Nuit Remue », façon qu’il a de donner comme réels ses fantasmes. L’œuvre littéraire devient mimétique d’un fantasme qu’il va transposer dans un univers qui parait réel. expériences données comme ne posant pas problème, représente par des éléments concrets des choses abstraites = Image de la galère p12, s’amuse avec les modalités de la représentation littéraire et les développer au sens propre = va développer les mots en choses. « Dessins commentés », œuvre qui se déploie sans sa référence = joue avec la tradition de l’ekphrasis, en substituant les dessins ici à l’élément verbal. On se dirige vers l’autonomie du texte littéraire, mettre l’accent sur la création du langage = bestiaire imaginaire, mise en scène d’un imaginaire sans limite = les « Yeux », prolifération d’un bestiaire imaginaire associé à des images qui ne font pas sens et sont déroutantes. But : exorcisme par ruse, but est de retourner les situations malheureuses. « Magie »: réponse au surréalisme = pour lui, c’est trop spontané et devrait être plus méthodique. Pour lui on doit être dans le « léger vacillement de la vérité ». Recherche d’une libération de l’imaginaire mais toujours encadré. Impression que la création littéraire permettrait de faire advenir les choses. Il faut créer des subterfuges pour créer quand on y arrive pas.

 

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