Cette période voit l'avènement et le triomphe des médias de masse, ils jouent un rôle indispensable dans le cadre de la société démocratique en place. Leur modernisation et diversification contribue à accroître leur impact sur l'opinion. Le thème pose la question des incidences des médias sur l'opinion publique: les médias aident à la façonner, la convaincre, voire la manipuler...avec plus ou moins de succès. C'est au travers de crises politiques qui se révèlent relations complexes nouées entre médias, opinion et pouvoir.
Comment les médias participent t-ils à la formation et à l'expression de l'opinion publique ? = diversification des médias, expression démocratique et opinion publique.
| Médias et démocratie | Médias et crises politiques |
| L'histoire social vise à étudier le fonctionnement des sociétés et ses composantes. Depuis le XIXème siècle, les historiens s’intéressent aux groupes sociaux et à leur rôle comme acteurs collectifs de l'histoire. La démocratie, qui s'approfondit partout en Europe à la fin du XIXème siècle, suscite le débat d'idées et la controverse, dont les médias se font l'écho. Les médias reflètent les mouvements de l'opinion publique, qui, en retour, s'en nourrir. |
En un siècle, le paysage médiatique s'est largement enrichi, de la presse écrite aux actualités filmées, à la radio puis à la télé et aux NTIC. Ces médias participent à la formation de l'opinion publique et interviennent dans les crises politiques qui ont déstabilise le régime républicain depuis l'affaire Dreyfus à l'ère de la culture de masse. Les médias se font ainsi l'écho du débat public: les crises politiques sont un observatoire privilégié pour mettre en évidence le rôle des médias à la fois dans l'expression et la formation de l'opinion publique. |
I/ De l'affaire Dreyfus à la Seconde Guerre Mondial: suprématie de la presse et concurrence émergente de la radio
A- L'affirmation d'une presse politique des années 1890 à 1914: période peut être considérée comme l'âge d'or de la presse auprès de l'opinion: la presse devient un média de masse
Contexte favorable au développement: 29 juillet 1881, loi sur la liberté de la presse. Progrès de l'alphabétisation encouragés par les actions de la République ( Lois Ferry ). Cependant, le lycée reste encore réservé à une élite. Innovation techniques favorisant l'industrialisation de la production et de diffusion des journaux, tirages des principaux quotidiens élevés. Partie de presse, pour ne pas heurter le lectorat adopte une position mesurées: cas du Petit Journal et du Petit Parisien. Autres journaux ( bénéficiant d'une liberté de ton sans équivalent d'ailleurs en Europe sauf au moment des “lois scélérates” du 12 décembre 1893 et 28 juillet 1894 ) mènent des campagnes acharnés. Essor d'une presse d'opinion: Après les combats de 70 ( entre adversaires et défenseurs de la République ), la presse devient instrument de mobilisation populaire pour de nouveaux thèmes ou thèses imprégnant profondément une partie de l'opinion publique: nationalisme, antisémitisme,
antiparlementarisme, anticléricalisme... C'est particulièrement le cas pendant l'affaire Dreyfus entre 1894-1906, la presse s'empare alors de l'affaire, ainsi que l'opinion d'une grande majorité des français convaincue de la culpabilité de Dreyfus. Bataille médiatique pour la conquête de l'opinion est engagée...car valeurs de la République sont mises en causes.
En utilisant tous les supports qui pouvaient sensibiliser la population française. La presse écrite est le moyen d'info par excellence pendant la IIIème République. En permettant la publication de “J'accuse”, véritable “électrochoc” dans la prise de conscience de l'erreur judiciaire. En servant de tribune aux intellectuels favorables ou défavorables à Dreyfus,qui ont un fort pouvoir d'influence sur l'opinion publique. Une presse antisémite violente, injurieuse, se manifeste tout au long de l'affaire, dont le paroxysme est atteint en 1899, avec la révision du procès à Rennes. L'engagement dreyfusard dans la presse. Les défenseurs de Dreyfus, convaincues de son innocence, lancent grâce à la presse, une vaste campagne en faveur de la réhabilitation de Dreyfus. La France se déchire entre les anti-dreyfusards et les dreyfusards. Après 1899, c'est la presse dreyfusard qui prend le dessus et gagne peu à peu l'opinion publique en la persuadant de l'innocence de Dreyfus. Elle obtient la révision qui conduit à la grâce de Dreyfus en 1899 puis à sa réhabilitation en 1906. La presse accompagne l'enracinement politique et contribue à nourrir les débats. Dénonciation des scandales ( Panama, Affaire Cailloux ). Le Journal organise le droit des votes des femmes en avril 1914. Pendant la Première Guerre Mondial, l’État prend la conscience de la presse pour des raisons de censure et propagande afin d'assurer les bases de l'Union sacrée. Presse plus contestataire se développe pour dénoncer “bourrage de crâne”. Ex: le Canard enchaîné ( fondé en 1915 ).
B) De la puissance de la presse à l’ascension de la radio dans les années 30-40
La presse se modernise de 1918 à 1939 et se diversifie: dans un souci de maintenir son audience auprès du public. La radio est popularisée dans les années 1930 et accompagne l'écho d'évènements traités dans la presse. Audience de presse et radio d'autant plus dynamisée que le contexte d'ascension des totalitarismes, tensions internat et marche à la guerre, auquel l'opinion est sensibilisée. Une crise grave: celle du 6 février 1934: journée d'émeutes antiparlementaires ( fait suite au limogeage du Préfet Chiappe, jugé favorable aux ligues par gouvernement, 17 morts et 1400 blessés ). Une insurrection dénoncée par la gauche, mais justifiée par l'extrême-droite. Tentative de Coup d’État fasciste par la gauche. L'Humanité en appelle au sursaut ouvrier. Presse d'extrême droite dans dans des campagnes antisémite, xénophobe et anticommuniste, d'une grande violence. Journaux ( l'Action Français etc) aux tirages importants entretiennent rumeur d'une corruption parlementaire généralisée. Tension se retrouve à la vieille et durant l'expérience du Front populaire: Élection législatives de 1936 = 1ère campagne radiophonique.
C) La radio, instrument d'information/de communication, voire de propagande...et voix de la liberté
La radio commence à concurrencer la presse écrite dans les années 1930: reportages d'actualité en direct permettant de restituer rapidement évènements sportifs ou encore usage du téléphone pour rendre compte des conséquences d'une rencontre internationale ( ex: Accords de Munich annoncés par radio 1h après signature ). Véritablement engouement pour toute la société française de l'opinion et médias se font le relais des sondages à partir de 1938. La radio, comme élément de combat: La défaite de 1940 amène: “ une guerre des ondes”. Discours de Pétain le 17 juin 1949. Appel du Général De Gaulle à la BBC le lendemain. La presse des années 30 est majoritairement résignée par la défaite. Très vite, dés mi-juin 1940, la presse est muselée, beaucoup de titres disparaissent, d'autres se réfugient en zone libre. Les journaux qui subsistent sont instrumentalisés et mis au service du pouvoir. Ils servent la propagande allemande ou soutiennent la collaboration. L'essor de la presse clandestine après 1940: un système de cache permet d'échapper aux contrôles, instaurés par une ordonnance allemande du 10 mai 1940. Un moyen de lutte utilisé contre la presse clandestine par l'occupant, la diffusion de faux journaux clandestins. En août 1942, le journal Combat lance cet appel à ses lecteurs. Belligérants utilisent les médias comme instrument de conquête de l'opinion durant la 2GM: liberté de presse est supprimée par Vichy: propagande déployée par régime. Thèses antisémites délivrées: image des actualités cinématographiques dans le sens de la politique collaborationniste, réactionnaire de Vichy et du culte de personnalité du Maréchal Pétain. Presse collaborationniste provoque perte de confiance d'une partie des lecteurs et effondrement des tirages. Nombreux français se tournent vers l'information clandestines alimentée par une presse résistante d'une grande vitalité.
De 1940 à la Libération, résistants, collaborateurs et régime nazi se livrent une guerre par radios interposées. 1940 --› BBC ouvre ses ondes aux premiers résistants qui ont l'occupation allemande.
II/ Des médias à la conquête des masses de 1945 à 1960
A) Evolution des médias et de leurs poids sur l'opinion de 1945 aux années 1960.
Secteur de presse renouvelé: Restructuré d'abord après la 2GM: journaux parus sous l'occupation interdits, journalistes compromis suspendus ou fusillés. 1944 --› Création de l'Agence France-Presse, fondation du journal Le Monde, reparution de L'Humanité. Presse régionale et magazines d'informations se développent durant les 30 Glorieuses. L'Express en 1953, Le Nouvel Observateur en 1964...( = newsmagazine ). Méfiance vis-à-vis du pouvoir: dénonciation de torture durant la guerre d'Algérie, rôle de l'Express dans l'affaire Ben Barka qui révèle complicité de police français dans l'enlèvement de l'opposant au roi du Maroc...etc. Une audience de la radio qui s'élargit grâce à une information immédiate et vivante et aux innovations techniques ( transitor ). Radios périphériques connaissent un vif succès: ex: de station comme Europe 1 ( créer en 1955 ) ou radio Luxembourg devenue RTL ( 1966 ) qui suscitent engouement des éditeurs grâce à l'omniprésence du direct, à l'utilisation de flashes d'informations et à des traitements audacieux.
L'avènement de la télévision en France: La télé s'installe progressivement dans le paysage médiatique français au cours des années 50: 1er direct de télévision en 1950 en France.
Journal TV--› 1949 et est directement surveillé par le gouvernement.
Etat cherche à s'assurer, contrôle de ce nouveau média: création de RTF ( radiodiffusion-télévision française créer en 1949 --› ORTF en 1964 ). Offre se diversifie avec apparition d'une 2ème chaîne en 1964 puis une 3ème en 1972. La télévision devient source d'information dominante. Les 3 chaînes de télé constituent toujours un service public, sous la tutelle de l'Etat. 1974 ( 8 juillet ) --› la loi divise l'ORTF en 7 institution autonomes: TF1, Antenne 2, FR3, INA, Radio français
B) Des médias instrumentalisée ?
L’actualité véhiculent souvent des messages officiels du pouvoir: Actualités Française diffusées dans les salles de cinémas. Importance particulière lors des crises politiques: ex mai 1958: Actualité Française n'évoquent par l'appel de De Gaule lancé le 13 mai à Alger. Dans l'opposition de 1947 à 1958, De Gaulle ne peut s'exprimer à la radio publique. De Gaulle, conscient de l'impact des médias, à souvent utiliser ce moyen pour revenir au pouvoir. Il rassure d'abord les médias et l'opinion publique par une conférence de presse qu'il convoque le 19 mai 1959 --› n'a pas l'intention de censuré la presse.
Dans l'exercice du pouvoir: De Gaulle en fait un outil privilégié de sa communication en l'utilisant à des fins politiques: exemple du discours de De Gaulle le 23 avril 1961 pour déjouer la tentative de putsch des généraux, diffusé par transistor et entendu par les soldats ( diffusé par radio et TV à 20h et rediffusé tous les quarts d'heures dans la nuit du 23 au 24 avril ).
En le contrôlant: monopole de radiodiffusion sur le sol national des 1945.
ORTF créé en 1964 et placée sous tutelle du ministre de l'information.
La TV permet de l'opinion de connaître les candidats à l'élection présidentielle de 1965. De Gaulle plus soucieux de contrôler les médias audiovisuels, qu'il est persuadé que presse écrite lui est hostile.
C) Des médias, acteurs de la crise de mai 1968
Étude de cas: Un exemple de crise politique traitée par les médias
La parole et l'image prennent le pouvoir en mai 1968
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Le rôle clé des radio périphériques et du transistor |
“ Les murs ont la parole” |
Mai 1968 sous le regard du photojournalisme |
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Alors que les chaînes radio et TV de l'ORTF, étroitement contrôlées par le pouvoir gaulliste, sont soumises à la censure, les radios privées envoient des reporters suivre les évènements et les informations sont écoutés en direct sur le lieux de grève dans les universités et au coeur des manifestations. De nombreux journalistes sont arrêtés et/ou mis en grève. |
L'image est le support privilégié des idées et des slogans de mai 1968. Les étudiants grévistes de l'école des Beaux Arts produisent près de 350 affiches en sérigraphie, qui dénoncent les médias de masse en estimant qu'ils sont au service du pouvoir et de la société de consommation. |
Apparu dans l'entre-deux-guerres, le photojournalisme consiste à fournir à des agences de presse où à des journaux des reportages photo. En mai 1968, bien plus libre que les autres médias, la presse fournit à ses lecteurs de nombreux photos à chaud, dont certaines contribuent à fixer cette crise dans la mémoire collectif des français. |
D) Le renversement de l'opinion via les médias
Peu présent dans les médias durant le mois de mai, De Gaulle met en scène son retour au 1er plan: il choisit la radio pour s'adresser aux français et mener une vaste contre offensive médiatique qui porte ses fruits et permet un renversement de l'opinion publique. Crise marquée par en remise en cause de la mainmise de l'Etat sur la radio et la télé: mainmise du pouvoir sur l'ORTF fait l'objet de vifs débats et de contestation en faveur d'une télé moins dépendante du pouvoir vigoureusement dénoncée en mai 68. Image et slogans fustigent ce contrôle: les images doivent le support privilégié des slogans dégagés ( “Les murs ont la parole” ). Rôle des radios périphériques --› à fait des répercussions ( ex: Europe 1 (1968 ) et RTL ). De Gaulle reprend la main avec son discours du 30 mai prononcé à la radio et non à la télé, de manière symbolique.
III/ De nouveaux rapports entre médias, opinions et démocraties à l'ère de la culture d'écran
A) Libéralisation et évolution constantes des médias “ traditionnels”.
La presse écrite peut jouer un rôle de contre-pouvoir, mais traverse la crise depuis les années 1970. Il a de nombreux problèmes: perte de lectorat et difficulté à attirés les jeunes: question de rentabilité: concurrence de télé et Internet, journaux gratuits depuis 2002. Subventions de l’État indispensables et investissement de riches hommes d'affaires pose la question de la liberté et de l'indépendance. Libéralisation des ondes dans les années 1980: “radios libres” autorisées à émettre en 1981, mais l’État attribue des fréquences à chacune pour éviter nuisances: radio --› logique concurrentielle. Radios indépendantes disparaissent, tandis que grands groupes se constituent ( ex: NRJ ). Libération Télé avec création d'une Haute autorité chargée du garantir l'indépendance du service public. La Télé devient le média souverain, réflexe du journal télévisé s'est imposé dans les foyers. La Télé entre dans une ère des masses avec: Augmentation du vol horaire d'émissions
Nombres de chaînes: PAF ouvert au secteur privé dans les années 1980 ( fin du monopole d’État ): Canal+ ( 1984 ) et La Cinq ( 1985 ).
TF1 privatisée en 1987, puis large éventail avec lancement de la TNT en 2005.
B) Une opinion touchée par la révolution numérique
Depuis fin des années 1990, le temps des français devant la TV fléchit. Recul qui coïncide avec essor des NTIC lié au développement d'Internet et à la généralisation des appareils nomades innovant: Smartphone, tablette tactile...permettant l'accès à des contenus multimédias très divers. Irruption et succès rapide d'Internet qui oblige les médias traditionnels à s'adapter: la plupart des radios, journaux et chaînes de TV proposent une version en ligne de leurs contenus éditoriaux, de nouveaux journaux apparaissent même uniquement sur le Web ( Mediapart ), souci de l'interactivité dans les émissions politiques. Internet révolutionne rapports entre médias, politiques et opinions. Effets: brouille distinction entre citoyens et journalises, outil à accaparer pour les hommes politiques ( vœux de certains sur internet, élections présidentielle de 2002 marquées par l'entrée d'Internet dans les débats, nouveau média pleinement intégré à stratégie de campagne par candidats lors des élections de 2007).
Problèmes --› Absence systématique de vérification des données, de sources, peut contribuer à propagation de fausses nouvelles et de rumeurs. Nécessité d'une vigilance redoublée par les citoyens face à ce nouveau média...
C) Une opinion publique plus “ affranchie”, médiante et vigilante ?
Citoyens désormais confrontés à une offre pléthorique et flot continu d'information.
Citoyens oscillent entre: participation directe ou débat civique: forums, blogs, Facebook, Twitter... ( certains aussi lu que de grands quotidiens ) et méfiante envers les médias “ traditionnels” placés sous de nouvelles formes de contrôle: audimat, souci de rentabilités, “ tyrannie” des sondages ( cf: “ séisme” électorat du 21 avril 2002 au débat 2005 pour Traité en vue d'une constitution européenne ). Dénonciation depuis les années 1990 de l'uniformisation de l'information ( propagateurs de la “pensée unique” ). Les accusations de connivence supposée entre journalistes, hommes politiques et grandes entreprises font peser sur les principaux médias un soupçon quasi permanent de la part d'une partie de l'opinion.