III/ Crise de la représentation
A) Mise en question de la théorie du reflet /transposition directe
La représentation sélectionne (n'est pas un simple reflet)
Dès l'Antiquité avec Aristote, critique mimesis. Remise en question texte comme reflet de ce qui est. Homère ne raconte pas tout ce qui arrive à Ulysse. Opération de Sélection: création d'une forme épuré. N'est pas la production exacte du réel. La représentation littéraire: représentation différent du réel. Récit bref: sélectionne/ épure au maximum. Cherche l'efficacité. Maupassant, préface Pierre et Jean: le réalisme est une convention. Création d'une illusion. Le langage n'est pas transparent. Ce que montre aussi Barthes avec l'effet de réel. Le roman n'est pas un simple procès verbal du monde comme le conçoit Zola, ce n'est pas une méthode scientifique qui rendrait compte d'une vérité neutre et objective => la représentation littéraire est une création, un agencement qui possède ses règles internes. L'insignifiant: Aragon s'interrogeant sur les limites de la représentation et du discours poétique = représenter les faits insignifiants oubliés ou bien, au contraire, rappelés: Pb de la représentation redoublé par celui de la remémoration => multiplicité des obstacles à surmonter pour l'écriture
La théorie littéraire contre l'imitation du réel
Barthes (analyse de Compagnon): article « L'effet de réel ». Pas de référent extérieur au texte. Texte crée un effet d'illusion. Barthes s'oppose à la conception naïve de la transparence mots/choses. Le réalisme n'est qu'une forme de vraisemblance. Mimesis selon la théorie littéraire (Compagnon) n’est pas un reflet mais un code, un discours qui a ses règles et ses conventions (= effet formel). Illusion référentielle. Donc du vraisemblable fondé sur un code ou des conventions partagées. Ex. description nature relative selon les époques et obéit à des codes. Produit illusion d’un discours vrai sur le réel. Marmontel (18e s.) s'interroge sur l'illusion théâtrale: dégage notion de plaisir et dimension esthétique, donc nécessité que l'illusion ne soit pas totale. Donc plaisir pris à la représentation (Aristote) doublé du plaisir d'apprécier les qualités de la représentation (= critique et esthétique).
=> finalité de la représentation n'est pas tant la représentation que ses modalités, les qualités de la représentation, évaluées non strictement du point de vue de l'aptitude mimétique. Esthétique surréaliste, Breton, Union libre (1931, 7 ans après le Manifeste du surréalisme 1924). Reprise tradition du blason et idéal° de la femme, mais union libre entre les mots. Esthétique qui ne vise pas à être référentielle ni à imiter, mais qui valorise l’imaginaire, la dimension créatrice de la parole poétique et les effets originaux, surprenants.
L'arbitraire du signe et le pb du pouvoir des mots.
Saussure: l’arbitraire du signe (linguistique). Avant (fin XIXe s.): interrogation de Mallarmé sur le langage poétique. Oppose langage ordinaire (communication) et langage poétique (plus pur vs l’universel reportage; “rendre un sens plus pur aux mots de la tribu”) et se dégage de la dimension référentielle du langage ou des mots, absence référent du ptyx (“aboli bibelot d’inanité sonore”). Référence à Edgar Poe (“Tombeau d'Edgar Poe”) qui a été incompris selon lui. Langage poétique doit combler l’arbitraire, recréer par sa matérialité un rapport neuf entre les sons. Importance de la fonction poétique du langage (domine largement sa fonction référentielle). Tend à une forme d’Idéal, mais totalement créé et présent dans le langage poétique = puissance évocatoire de la poésie, virtualité du langage poétique du poète, réfère à ce qui n’existe pas. Cf “Crise de vers” sur le langage poétique.
Mallarmé, “Hérodiade” le drame de la poésie pure. Travail d’harmonie du poète en travaillant les mots, ne visant pas à communiquer = hermétisme. Travail des sonorités = plus de lecture avec sens linéaire, ce qui crée un sens c’est le rapprochement de tous les éléments qui constituent le vers = rimes, sonorités… Quand on cherche à communiquer, on s’attache aux pensées. Le poète a transformé l’usage de la langue en transformant la matérialité des mots, malgré tout ils signifient quelque chose = signification inscrite dans une neuve atmosphère. Va suggérer des émotions, des sentiments, de façon détournée. Pas d’imitation du réel, pour lui la représentation = création, transformation des mots, rapport neuf entre faire une nouvelle signification qui se rapproche de l’incantation, évocation. Il y a un écart entre les mots et les choses. Le pouvoir du langage s'est faire advenir ce qui n'existe pas. On convoque des notions = travail du poète. Remise en question théorie du reflet. Représentation: domaine de la fiction. Pas de référend extérieur. Illusion référentielle: signe de quelque chose en dehors / effet du réel. Interroger le rapport entre les mots et les choses, poser le pb de l’écart.
▪ Aragon, titres symétriques pour dire d'un côté l'illusion du langage vide et de l'autre la valeur du réel première par rapport à son expression poétique. Remise en question de l'esthétique surréaliste: jonglerie, fumée, illusion langage autonome, une représentation déconnectée du réel car purement du langage. Donc conversion d’Aragon à un certain réalisme.
▪ Manifeste du surréalisme de Breton: pb des descriptions dans les romans, s’en prend à l’illusion référentielle, carte postale comme cliché qui n’a pas de valeur, lieu commun pour que le lecteur se représente les choses selon lui, refuse le mimétisme mettant d’accord l’auteur et le lecteur. Libre association, images déconnectées du réel. Roman et la description (donc contre la représentation et la référentialité). La marquise sortit à 5h (Breton s’appuyant sur Valéry) = l’arbitraire de la fiction romanesque. Valorise l’imagination, Poèmes qui répondent en quelque sorte aux attaques de Breton contre le roman, volonté libérer l’imaginaire.
Représentation littéraire: création entre sonorités/mots. La représentation représente le langage pas le réel, pour Barthes, les textes littéraires ne parlent pas de choses extérieurs à eux-mêmes = Effet de réel, création d’une illusion du hors-texte qui n’en est pas. L’aventure sémiologique: « dont le venue ne cesse jamais d’être fêtée », recherche de la référentialité ou non? Ou pas opposition flagrante entre le réflexif et le non-réflexif ? Tout ce que le langage peut imiter est du langage selon Barthes. La littérature ne peut pas copier le réel mais peut créer un univers fictif, mais pas un effort pour imiter des éléments de la réalité, chez Michaux: de « Notes de zoologie » à « notes de botanique » pastichent le genre du texte scientifique: qui se fait objectif avec un élément extérieur qui est un animal, un texte scientifique ne se diffère pas du texte littéraire = accumulations dans les descriptions, différents formes de l’animal, ce n’est pas l’écriture qui est différent, pour lui ce qui va donner une dimension imaginaire au texte = la fiction. En cela le texte est non-référentiel. Michaux pas le même plan que Barthes, car volonté de se moquer du réel. Un vrai texte scientifique rend compte de quelque chose qu’on peut voir dans le réel. Michaux s’amuse à parodier la couleur des animaux, ajoute des éléments plus incongrus = goût, odeur. Le poète nomme la créature et donne sa caractéristique principale, noms fantaisistes, accumulation incontrôlable de ces animaux, leur caractérisation ouvre sur une dimension imaginaire. « démarche d’eunuque », on doit essayer d’imaginer. On a du mal à se représenter les animaux. Fausse référence à des auteurs scientifiques.
« La Parpue », ouvre l’imaginaire = caractère subjectif de cet animal, métamorphoses viennent de son intériorité. Fort effet d’étrangeté, le texte cultivant des images déroutantes est aussi fondé sur des sonorités. Sonorités de « pue » dans « parpue » . Dissémination des sonorités dans le poème, rapprochement déstabilisant des sonorités, ce qui fait l’effet d’étrangeté c’est le fait que les animaux sont imaginaires, que les éléments sonores sont importants et problème d’échelle, avec des yeux « grands comme la main ». Prolifération de l’objet et surtout du langage selon une logique pas strictement référentielle. « Insectes », mais face à une prolifération considérable: terme autre qui revient tout le temps (utilisation du pluriel ou par anaphore notamment)+ tournures impersonnelles, éléments visant à mettre sous les yeux des animaux qui semblent se multiplier. « Notes de botanique », avec les « baleines de parapluie » = hybridité. Plupart des éléments n’ont pas de référents. Joue avec les images et le langage, à l’origine de la création du poème, cherche à dérouter le lecteur et créer une réalité sans référent car mode de création d’abord verbal. Même dans réalité imaginaire il y a une certaine forme de mimétisme= Méduse. Dans Michaux pas comme ça = on ne peut pas s’imaginer dans l’imaginaire ce de quoi il veut parler. = écriture non mimétique d’un élément qui n’existe pas. Michaux concerne dans l’imaginaire un élément irreprésentable. La Parpue est irreprésentable. = constante métamorphose ≠ fixité pour Michaux qui conduit à la mort. Ex : « Intervention », part d’un cadre représentable à qqchose d’irreprésentable.
Michon : mise en évidence du caractère trompeur du langage ou du moins déconnecté de la réalité sociale.
B) La représentation littéraire n'est pas neutre 1) La représentation littéraire traduit le point de vue de l’artiste; forme de jugement
Caractère impressionniste des descriptions de Maupassant, ou son idéologie, ses partis pris sur les choses comme l’hypocrisie. Description de la pension de Balzac pour ne pas critiquer sa propriétaire. Usage de l’implicite chez Maupassant, montre bien que le non-dit influence la perception du lecteur à la représentation dessinée dans le texte. Barthes met en évidence le caractère idéologique du réalisme. Le réalisme pour lui traduit une idéologie bourgeoise de type positiviste. Extrait de Zola, La Bête Humaine: roman laboratoire, la tare chez les personnages, le roman rend compte du réel et explique le réel pour l’améliorer. Rend compte des éléments techniques de la locomotive. Toute la panoplie du mécanicien, vêtements d’ouvriers qui renvoient à la réalité de sa profession. Référence au feu = pour régler la vitesse des locomotives, manogramme. Paraît référentiel mais n’est pas un décalque du réel = dimension symbolique pas juste un mode d’emploi. Texte ne se limite pas à être une illusion du réel, imaginaire mythique de Zola échappe à son idéologie bourgeoise et positiviste.
2) Relativisation du point de vue de Barthes
Antoine Compagnon: Le Démon de la théorie. Fait le bilan des théories critiques. Relativise la dimension purement mimétique des formalistes et rappelle que pendant plusieurs décennies en France = a eu l’ambition de faire de la littérature un équivalent d’une peinture abstraite. Sarraute qui déplore que c’est beaucoup plus difficile dans la littérature de faire ne l’abstraction = pas possible, on peut tendre vers cela mais pas en faire. Exclusion totale de la réalité est une illusion. Car matérialité du signe et le fait qu’on joue avec des concepts. On ne peut pas exclure la réalité de la littérature selon Compagnon = excessif. « Les mots et les phrases ne peuvent pas êtres assimilés à des couleurs et des formes.». Conception de Saussure = le langage qui se reflète lui-même = excessif, on ne peut pas exclure totalement la réalité, un texte littéraire peut quand même renvoyer à quelque chose qui existe en dehors de lui.
• Bakhtine, notion de dialogisme: roman permettrait de représenter un contexte social spécifique.
• Sociocritique des années 70, approche qui recherche dans le texte littéraire, des éléments qui renvoient à un contexte social, politique précis.
• Mme de Staël, De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales (1801), considère que la littérature est prise dans un contexte de production. Morale du grand siècle de Benichou = montre comment les pièces de Corneille sont imprégnées des jésuites, valorisation du héros, de l’homme qui agit avec sa liberté, ≠ jansénistes, homme irrémédiablement corrompu par le pêché originel, quand l’homme cherche à faire le bien, elle fait le mal = Racine. Le texte ne renvoie pas qu’à lui-même mais des considérations culturelles qui vont influencer les textes littéraires. = histoire des idées, comment les représentations des hommes ont évolué selon les siècles. = littérature pas détachée de son contexte