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La Représentation Littéraire Partie 1

I/ Imiter / Représenter (Mimesis): théories antiques et relectures classiques

A) Imitation condamnée par Platon

Représentation de l'Idée: imitation par la peinture + dégradation à plusieurs degrés. Dégradation ontologique. Imitation d'imitation. Représentation poétique. Exemple du lit (République Livre X): l'idée du lit créée par Dieu (réalité), le lit en bois construit par l'ouvrier: imite l'essence du réel. On a l'idée absolu de lit (1ère dégradation) + imitation du lit dans une version dégradée (2ème dégradation). On ne cherche pas à imiter l'idée mais l'apparence donc la représentation artistique qui se fonde sur l'illusion. C'est une imitation illusoire avec une dégradation de l'idée originel. Art d'imiter: éloigner du vrai. Exclusion des poètes de la cité (République) car parole qui s'oppose au discours philosophique et à la recherche du vrai. Le poète (ignorant) va vouloir représenter tout ce qui voit sans connaître ce qu'il représente. Critique rapport au langage. Sophisme: pas vrai savoir, reste dans l'apparence comme une caricature de la vraie connaissance.

 

B) La valorisation de la mimesis par Aristote (XVIIe)

La Poétique: influence théoriciens de la littérature. Revalorisation de l'imitation et de la poésie. Imiter: tendance naturelle. L'homme: animal mimétique: apprendre en imitant. Aristote rejette la conception de Platon (dégradation de l'idée par sa représentation). L'homme a une tendance naturelle à représenter, elle est le fondement de l'apprentissage. Apprend à devenir un homme en imitant. L'homme prend plaisir à la représentation: statut différent du domaine naturel et notamment la représentation de choses douloureuses. Lié dimension artistique / modalités: rimes, couleurs en peinture. Imitation: source de connaissance. Littérature comique/satirique/élogieux.

Représentation littéraire: imite action des hommes. Mimesis n'est pas que faire des descriptions, c'est un récit. Imitation directe: théâtre: imite action par action. Imitation indirecte: épopée (narration qui raconte, action des personnages de façon indirecte). Classification par niveau: bas ou élevé. “La tragédie est la représentation d'une action noble, sans recours à la narration, mise en œuvre par les personnages en action”. Pour Aristote: tout est imitation, même le récit: Mimesis (agencement de faits, de personnages). Représentation littéraire: imitation directe d'action de personnages. Toute imitation relève de l'action. Platon, République, III: Représentation théâtrale: imitation verbale d'éléments verbaux (imitation direct). Diégésis: imitation verbale non-verbaux et récit à la 3ème personne (imitation indirect). Discours direct des personnages + récit du narrateur pour les descriptions ou le récit (ex: épopée d'Homère) + imitation verbale + non verbal (Mode mix).

 

Valeur de la représentation = la vraisemblance (création discours qui semble être vrai, ce qui peut avoir lieu). Degré d'adéquation de l'imitation, permet d'accéder la forme de l'objet (débouche sur une connaissance de l'objet). La représentation est une forme de cohérence relevant de l'universel, forme unique et action unique autour d'un personnage. On peut avoir une multitude d'actions mais cohérent par rapport à la vraisemblance. Ce que l'on retrouve chez Maupassant avec sa recherche de la cohérence dans ses récits brefs. La Poétique d'Aristote, chap 9: Nécessité d'une cohérence (différent de vérité): ce qui ne peut pas être autrement. Un travail de composition et d'organisation dans la représentation. Notion d'imitation n'est pas simple copie du réel (à distinguer d'une esthétique réaliste/miroir même si Maupassant estime que le réaliste doit opérer un travail de sélection, Aristote chercher lui une forme d’unité). Il faut sélectionner et éliminer pour concevoir une forme cohérente. Donc recherche d’une unité de composition. Nécessité qui sont interne à l’œuvre, si on enlève des choses nécessaires ou ajoute des choses pas nécessaires = le tout n’est plus stable. Le rôle du poète n’est pas de dire ce qui a eu lieu réellement « mais ce qui pourrait avoir lieu dans l’ordre du vraisemblable ou du nécessaire ». Il s'agit pas d'imiter la réalité mais sélectionner, élaborer une structure vraisemblable: forme qui fasse vrai. Pas multiplié événements pour vraisemblance: unité d'action. Recherche d’une cohérence globale et rejet du vrai qui pourrait conduire à la fragmentation. Cette cohérence à l'intérieur de la représentation fait sens. L’œuvre représentée doit donc permettre la connaissance. Accédé à une forme de vérité: Valeur de l'art et de la représentation littéraire, en parallèle avec la connaissance apportée par la philosophie (vs Platon). La Fontaine aboutit à une morale universelle, une généralité et cohérence des éléments de récit. La représentation est un mode de connaissance qui élève l'objet du particulier à l'universel, et non une dégradation comme chez Platon. La mimesis permet de dégager le général (l'idée), en matière de mœurs par exemple.

 

La poésie est plus noble et plus philosophique que la chronique: la poésie traite plutôt du général, la chronique du particulier”

La mimesis est une transposition complexe (et non une prétention à l’identité entre représentant et représenté). Le poète qui construit son histoire organise des éléments épars de façon cohérente (= convergence et unité) => une totalité organique. La mimesis ne s’identifie pas à la description (action, récit chez Aristote, elle est représentation d’actions). La mimesis selon Aristote n’est pas statique, elle se déploie dans la temporalité : mise en intrigue, succession des actions. La mimesis selon Aristote a un effet sur le spectateur: Notion de catharsis = idée d’épuration, purgation des passions via leur représentation de passions extrêmes, opération de purification. Forme de connaissance générale: Fables (Forme de généralité dans la morale).

 

C) La lecture classique de la Poésie d'Aristote

Imitation de l'action humaine. Représentation Nature Humaine + l'homme en action. Chapelain, Discours poésie représentative: “La poésie représentative, aussi bien que la narrative, a pour objet l'imitation des actions humaines” = poésie est un terme large qui inclut le théâtre, la poésie représentative. Poésie: imitation de l'action humaine. Théâtre différent du récit. La littérature: d'abord de l'action.

Transformation au XVIIe siècle: identification du vraisemblable au persuasif (donc exclusion du vrai comme persuasif): le vraisemblable n'est pas le vrai historique. L'auteur peut travailler à sa guise l'histoire. Ex: Racine qui transforme le personnage de Pyrrhus dans Andromaque. Le vrai est l'objet de l'histoire, le vraisemblable (supérieur en poésie car il est plus persuasif): capacité à produire l'adhésion du spectateur. Vraisemblance rejoint la doxa = opinion commune. D'où le problème querelle du Cid. Mariage Chimène jugé choquant donc rompant avec l'adhésion car pas vraisemblable et pas persuasif. Voir critique de Chapelain: mariage qui provoque l'indignation et l'horreur chez le spectateur. Pour Chapelain, dans ce cas le poète doit renoncer à la vérité. Père Rapin: “Le vraisemblable est tout ce qui est conforme à l'opinion public”.

Puissance rhétorique du vraisemblable: art du discours qui vise à persuader (Les Fables). Relève de la raison et de l'opinion (doxa), universel et relatif. (éléments antiques choquants pour public moderne): fait coïncider le particulier et l’universel (notion de bienséance). Ex: « l’aveu de Mme de Clèves à son mari est extravagant, et ne se peut dire que dans une histoire véritable; mais quand on en fait une à plaisir, il est ridicule de donner à son héroïne un sentiment si extraordinaire.» = distingue le vrai et le vraisemblable. Littérature (//plaisir) relève du vraisemblable et non du vrai. C’est une construction visant le plaisir.

 

D/ Les fables de La Fontaine et l'image du miroir et du tableau

Images récurrentes: celle du miroir et celle du tableau. Permet au fabuliste de figurer l'auteur. Inscrivent l’écriture de La Fontaine dans une conception mimétique de la littérature.

1) La représentation comme récit.

Les Fables sont une imitation d’actions humaines/animales: ce qui importe dans l’écriture de la fable est l’agencement et l’organisation du récit car celui-ci est la représentations des actions. Épitre p61: rime signifiante entre « aventure» et « peinture». Les aventures renvoient aux actions. Accent sur la partie récit de la fable. Le récit est peinture et ces aventures sont elles-mêmes une peinture = représentation de la nature des hommes = emboîtement des peintures. Importance de l’analogie avec la peinture. Contenu universelle. Importance avec la peinture qui se trouve p201: HP, «vous m’exhortez à peindre ces malheurs et ces félicités», représentation non pas de la beauté de Psyché mais ses vices et ses malheurs = des actions. Donc débouche sur des aventures de fiction, donc représentation est aussi une fiction.

2) Fable comme peinture des mœurs chez La Fontaine

L’œuvre littéraire a la capacité de représenter la nature humaine. Autre sens qu’ajoute La Fontaine à la peinture, représentation d’un sens moral et la dimension allégorique. Exemple de la fable « le Vieillard et ses enfants », le récit peut représenter à travers les actions les comportements des personnages, leur façon de penser, leurs mœurs. D’où la division de la fable entre le récit et la morale. On le trouve dans la préface cette division: p41, « un tableau où chacun de nous se retrouve dépeint ». Tableau qui débouche sur une sorte de miroir qui reflète la totalité de l’humanité. Image globale même si elle est fragmentée. Représentés de façon allégorique par les animaux et qui débouche sur une sorte de connaissance universelle. Il distingue la connaissance par l’expérience et une connaissance de celui qui ne sait rien et qui par les fables va acquérir une forme de connaissance du fonctionnement de l’homme et de la société. La fable est un tableau qui est un miroir: « l’Homme et son image », inspiration des Maximes de La Rochefoucauld. => plus fragmentaire que Aristote et pas de représentation d’action chez La Rochefoucauld = énoncés gnomiques, on peut représenter la nature humaine sans représenter des hommes en action. Représentation vices et défauts. Avec la comédie on retrouve l’analogie théâtrale, la fable est une succession de représentations des hommes animée: « Le Bucheron et Mercure », la comédie à cent actes divers. Analogie entre le microcosme et le macrocosme, petite image d’une réalité plus large, la multiplication de ces miniatures permet une représentation globale de la réalité, idée de fragmentation, de proportion pas forcément présente chez Aristote. Chez La Fontaine, idée de variation et importance de la proportion. La fable réfléchit sur la représentation de l’homme selon sa proportion. Il pense que les fables permet d’acquérir des connaissances aussi sur la façon dont les animaux se comportent et leurs caractéristiques: « abrégé de ce qu’il y a de bon et de mauvais », l’homme est un abrégé de tous les éléments de la nature. La connaissance n’est pas que morale mais est quasiment encyclopédiques. Image peut être vraie ou fausse, vient de la Rhétorique d’Aristote, dans La Fontaine, mise en scène de deux types de paroles: parole persuasive positive qui sauve de situations et une autre qui flatte et qui détourne de la réalité: « Le Lion abattu par l’Homme »(Livre III, fable 10), «liberté de feindre», notion importante: signifie imaginer et rime avec «peindre» représentation qui relève de la fiction, «artisan», «ouvrier» et «peinture». La représentation biaisé, qui n’est pas simplement reflet mais aussi discours: soit elle fait l’éloge de l’homme qui terrasse le lion ou valorisation de la supériorité du lion sur l’homme. Orientée vers la vérité ou le mensonge. = usage qui peut être bon ou mauvais. La représentation littéraire comme fiction.

3) Les modalités de la représentation chez La Fontaine 

La représentation symbolique: le corps représentant la fable et l'âme représentant la moralité. Composé d’un sens littéral ou figuré. C’est une représentation symbolique qui utilise des allégories pour représenter des traits humains. Représentation symbolique qui recourt au type car exigence de brièveté et de simplicité, associé un personnage à un trait de caractère. Volonté d’épurer pour mieux accéder à un contenu moral et volonté d’accéder à une forme d’universalité valable tout le temps. Comme dans la caractérisation des personnages des fables, on insiste sur des traits importants pour le récit et justifiant l’enchainement des faits du récit: «Le Lion et le Rat» (Livre II, fable 11), grandeur du Lion et force, petitesse du rat et patience. Reconnaissance du rat et son esprit de justice. «Le Corbeau voulant imiter l’Aigle», Livre II, fable 16: Tous les éléments de caractérisation des personnages servent au récit, recours au type du fait de la brièveté. Le fabuliste va toujours à l’essentiel, Il s’agit de représenter moralement les protagonistes et entrainer la morale, les éléments servent à montrer l’orgueil du Chêne. Pas représentation mimétique du réel. Cherche l’essentiel pour l’efficacité du genre. Représentation qui vise la vraisemblance car celle-ci est persuasive: Il faut que le lecteur adhère à la fiction: la présence du merveilleux n’entrave pas la vraisemblance car c’est une convention de la fable, la vraisemblance s’exerce du point de vue de la conduite des récits. Pour La Fontaine elle a lieu aussi de la conformité des fables aux mœurs du XVIIe = apportant de l’enjouement et de la gaieté. La morale doit être liée logiquement au récit. Reprend beaucoup d’éléments d’Aristote mais ajoute des siens avec la représentation morale qui passe par la fiction, fondée sur une lecture allégorique qui permet l’accès à une vérité universelle, reflète en miniature une réalité plus vaste

 

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