Introduction : Contexte : « Affaire Dreyfus »
Dreyfus, capitaine de l'armée française. Vient d'une famille alsacienne, juive. En 1894, il est accusé d'avoir été un espion à la solde de l'armée allemande. Il aurait donné des documents aux allemands. Tout de suite, congédié de l'armée, jugé par un Tribunal militaire expéditif, condamné au bagne, au large de la Guyane, sur l'île du Diable.
En 1898, Zola, considéré comme un grand écrivain, installé, alerté par un proche de Dreyfus, journaliste, B.Lazare, va décider de s'engager dans la bataille. Il va voir Clémenceau, directeur et rédacteur du journal L'Aurore, il lui propose de publier une lettre ouverte.
Genre : lettre ouverte. Lettre, adressée à quelqu'un qui est publiée afin que chacun puisse la lire.
Ici, Zola l'adresse au Président de la République : Félix Faure.
D'une part, c'est l'homme le plus puissant de l’État français. D'autre part, il veut porter l'affaire au civil, différent de la justice militaire.
Il refait l'enquête, scrupuleux, il est convaincu de l'innocence de Dreyfus et engage son nom dans l'affaire.
Description du passage : Fin de la lettre. Avant, détail de l'accusation de Zola, point par point.
Notre passage est le résumé de cette accusation et sa conclusion.
Dans ce passage, Zola poursuit deux buts :
établir avec rigueur, démontrer l'innocence de Dreyfus
persuader le lecteur, le faire adhérer à ses vues ?
Problématique : En quoi peut-on dire que cette extrait de lettre de Zola manifeste son engagement pour la justice et les valeurs humanistes.
I/ Un texte écrit pour faire adhérer le lecteur au discours engagé de Zola
a) Un texte polémique
- polémique --› du grec « polemos » = la guerre.
Faire la guerre par les mots.
Registre polémique permet d'attaquer violemment un ou plusieurs adversaires.
Attaque ad hominem
- Adresses au Président, formules de politesse + vouvoiement.
Mais également virulence à l'égal du destinataire.
Ex : Avant la formule final de politesse, 2 phrases provocantes : « Qu'on ose.. ! », « J'attends »
- Attaques ciblées sur des personnes précises, et qui occupent des fonctions importantes :
membres de l'armée : haut-gradés ( 4 généraux, un lieutenant-colonel )
des haut fonctionnaires : premier et second « conseils de guerre « , des journaux
- Attaques ad hominem, qui s'en prennent aux traits constitutifs de ces personnes.
Général de Boisdeffre = « par passion cléricale », « faiblesse », « maladie de la vue et du jugement », « en inconscient », « naïve audace »
- Anaphore des « J'accuse », semble un refrain. Effet d'accumulation, nombreux ont été ceux qui ont participé à la chute de Dreyfus.
- Le vocabulaire est violent, agressif : « ouvrier diabolique », « campagne abominable », « Machinations saugrenues », « néfastes »...
- Recours à l'hyperbole : « qui a tant souffert », « de la plus monstrueux pertialité »
« une des plus grandes iniquités du siècle », « les plus saugrenues »
- Certains images sont fortes, violentes : « faire exploser la vérité », « moyen révolutionnaire »
- Ironie : « a moins qu'un examen médical ne les déclare atteints d'une maladie de la vue et du jugement »
- Composition : enchaînement de paragraphes très court et rapide.
b) L'éthos de Zola, la force persuasive de l'orateur
--› vocabulaire de la rhétorique ( art de faire des discours )
« éthos » = posture et l'attitude de l'orateur
- Dans ce texte, il cherche à toucher le président et lecteur en se montrant déterminé/sur de lui/honnête et surtout en colère et engagé.
Déterminé : répétition de « J'accuse »
Colère : « ma protestation enflammée » --› métaphore
Concrètement, ce qui le met en colère :
l'injustice, les erreurs de jugement qui ont été commise et leurs obstinations de leurs erreurs : « machinations les plus saugrenues », « mes preuves certaines […] étouffées »
Campagne abominable ( journaux l'Eclair/ Echo de Paris )
Experts --› « rapports mensongers et frauduleux »
Il défend la vérité et la justice.
Zola se place dans la position d'un procureur faisant un réquisitoire accablant pour Dreyfus contre ceux qui étaient contre lui.
Accuse ceux sont mal accusé.
Trop violent car il défend une cause qui le mérite, celle des idéaux humanistes.
II/ Défense de valeurs fondamentales
Zola rappelle la figure de Voltaire --› Affaire Callas.
Un hériter des Lumières.
Défendre causes des Lumières --› vérité, justice, intelligence.
a) Défense d'un homme innocent
- L'accusation repose sur un mensonge : « égarer », « complice », « étouffées », « dissimuler », « compromis »
- L'accusation viole le droit. Inégalité --› « violer le droit », « couver cette illégalité »
Antithèse de Zola : la vérité, la lumière, la justice.
Thèse de Zola --› Dreyfus a été victime d'une machination judiciaire, d'un complot monter contre lui, procès de complaisance.
Il s'engage, ça personne est désormais exposé.
Il se met en danger : homme intelligent qui connaît les textes, connaît la loi et peut les interpréter.
Il risque les assises.
--› Il aura un procès, sera condamné pour diffamation --› Angleterre.
« J'attends » --› parfaitement conscient du risque qu'il prend.
b) Agit, au-delà du cas de Dreyfus, au nom de valeurs humanistes
- Au nom d'une certaine idée de la justice : « grandes iniquités », « crime de lèse-justice »
La justice à laquelle il croit, doit être fondée au contraire sur la vérité, l'impartialité, la raison .
- Au nom des lumières
« Je n'ai qu'une passion, celle de la lumière » métaphore
--› vérité, savoir, raison, intelligence
« l'enquête ait lieu au grand jour »
- L'idéal rationaliste des lumières --› cela de Zola
- Il a agit au nom de « l'humanité »
- « qui a le droit au bonheur »
--› invention de XVIIIe siècle
Conclusion: Dans cette lettre ouverte, Zola, journaliste et romancier fait un acte politique en dénonçant très sévèrement l'injuste de Dreyfus. Il montre son engagement grâce au registre polémique et son éloquence et il met sa plume au service d'une noble cause, celle des valeurs républicaines issus de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen.