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Attention, il ne s'agit en rien d'un exercice complet ou à recopier bêtement.

 

Introduction: Le bonheur et le devoir ne semblent pas, au premier abord, être des termes ayant une grande parenté entre eux. Au contraire, il apparaît au premier examen qu’ils soient même opposés. Le bonheur est un mot à connotation positive qui signifie que l’individu est à la fois épanoui d’un point de vue physique et psychique. Le terme devoir n’a pas une connotation aussi positive, puisqu’il apparaît à bien des personnes comme étant austère et rébarbatif. Le devoir désigne, en effet, ce qui a lieu d’être fait au niveau moral dans telle ou telle circonstance. Or, justement ce qui a lieu d’être fait au niveau moral par l’homme pour l’autre homme est souvent difficile à accomplir.
Comment deux termes, à première vue, si dissemblables peuvent-ils être compatibles ?

 

Première Partie: Faire son devoir peut-être incompatible avec le bonheur dans certains cas

Premier argument : Dans quelques cas, faire son devoir peut demander un sacrifice de la personne. Par exemple, par devoir, certains individus restent avec leur conjoint afin que les enfants du couple ne soient pas traumatisés par la séparation de leurs parents. Ces individus, au nom du devoir parental sacrifient leur vie sentimentale. C’est le philosophe Kant dans  la Critique de la Raison Pratique qui disait : « La majesté du devoir n’a rien à voir avec la jouissance de la vie ». Kant disait que le devoir était un commandement de la raison, un impératif catégorique qui nous demande d’humilier notre égoïsme personnel. Le devoir ne souffre pas les compromis selon Kant, un impératif catégorique est un commandement absolu à l’instar de la Table de la Loi ramenée par Moïse du Mont Sinaï : « Tu ne tueras point … Tu ne commettras point d’adultère…. Tu ne porteras pas de faux témoignage… »

Le devoir s’oppose aux tendances égoïstes de notre nature humaine qui voudrait jouir de la vie sans se soucier d’autrui. Le devoir est par essence social, tandis que le bonheur a une tendance souvent foncièrement individualiste, voilà pourquoi ils semblent si opposés dans certains cas.

Deuxième argument : Faire son devoir, peut nuire au bonheur, car cela peut freiner l’ascension sociale. Les gens qui sont fidèles à une certaine éthique morale sont souvent mal considérés par les gens au pouvoir qui veulent surtout des hommes de main qui n’hésitent pas à oublier leur devoir. Ainsi celui qui n’est pas corrompu moralement peut parce qu’il ne veut pas déroger aux principes de la morale se retrouver avec un plan de carrière en stagnation, tandis que les hommes moins scrupuleux et souvent moins talentueux gravissent facilement les échelons de la vie sociale. L’obéissance au devoir paraît ici opposé au bonheur puisqu’il empêche l’individu d’être reconnu à sa juste valeur.

Troisième argument : Faire son devoir demande souvent quelques privations. Sans parler même de sacrifice, faire son devoir implique un certain esprit de partage; or souvent les hommes désirent plus que ce à quoi ils ont droit. Par exemple, plusieurs enfants veulent se partager des fraises, l’un deux peut être tenté de se faire une part plus généreuse pour lui-même; plus grave que ce petit incident familial, des mères peuvent préférer s’acheter des toilettes onéreuses alors qu’elles ont déjà suffisamment et donner à leurs enfants des produits de dernière qualité. Comme leur pouvoir d’achat est limité, elles se privilégient d’abord elles, oubliant leur devoir parental. De même, le patron d’une entreprise peut préférer sous-payer des employés pour avoir un profit encore plus important alors qu’il dispose déjà de revenus plus que décents.

Le devoir paraît donc  encore ici opposé au bonheur puisqu’il implique que l’on se prive de certaines choses pour laisser leur part aux autres. Le devoir a un aspect équitable, il demande un certain partage s’opposant à un bonheur jouissif.

Quatrième argument : Faire son devoir demande un immense effort de la volonté. Souvent faire son devoir implique un certain courage, une maîtrise de ses désirs. Le bonheur qui a une tendance jouissive nous dirigerait plutôt vers une réalisation de tous nos désirs. Le bonheur, ainsi pour certains individus, ce serait comme la caverne d’Ali Baba, avoir un génie sortant d’une fiole et réalisant tous nos souhaits. Dans l’antiquité, cette conception hédoniste du bonheur a été soutenu par Calliclès dans le Gorgias de Platon lorsqu’il affirme que la vie heureuse est « si on veut vivre comme il faut, on doit laisser aller ses propres passions, si grandes soient-elles  et ne pas les réprimer ». Or, le devoir, au contraire, demande un effort de contrôle sur ses passions, passions de haine, de colère, de vengeance, de luxure, de goinfrerie… Le devoir est un chemin difficile, car il demande de la volonté. Le bonheur paraît au contraire, à première vue, le relâchement de la volonté et l’accomplissement de ses désirs.

Cinquième argument : Il existe des cas de conflit de devoir qui plongent l’individu dans l’incertitude et dans l’indécision. Il y a , en effet, des situations très particulières qui sont ce qu’on appelle des conflits de devoir. Dans ce genre de cas, un individu est déchiré entre deux types d’exigences morales. Sartre, dans l’Existentialisme est un Humanisme nous donne un cas typique de conflit de devoir. Il s’agit d’un jeune homme qui vient demander conseil à Sartre, car il se trouve dans une situation délicate; c’est la seconde Guerre Mondiale, son père est rentré dans la collaboration avec les allemands, son frère résistant a été tué, et sa mère n’a plus que lui comme soutien. Or, ce jeune homme désire rejoindre l’Angleterre pour rentrer dans la Résistance; seulement il a peur de laisser sa mère seule après le décès d’un de ses fils et la traîtrise de son mari. Le jeune homme vient demander conseil à Sartre, car il est partagé entre le devoir patriotique et le devoir filial. Sartre ne lui donnera pas de conseil, mais ce cas illustre bien que le devoir paraît ici opposé au bonheur car parfois les devoirs sont multiples, et l’homme est plongé dans le désarroi car il ne peut tous les accomplir à la fois. En l’occurrence, ce jeune homme ne peut à la fois devenir résistant et rester avec sa mère pour la soutenir moralement. Le devoir ne se présente pas sous une allure toujours simple, les cas de conflit de devoirs montrent que l’homme déchiré entre plusieurs exigences morales ne peut tout accomplir et en demeure malheureux.

Transition:

Cependant, il existe certainement un rapprochement possible entre devoir et bonheur. Nous avons dit que le devoir demandait une certaine volonté, mais le bonheur semble demander aussi une certaine volonté.
Ainsi Épictète, philosophe stoïcien du premier siècle de notre ère, disait :
« Il y a des choses qui dépendent de nous et d’autres qui ne dépendent pas de nous ». Ce qui dépend de nous pour Épictète, ce sont nos jugements, nos idées, nos pensées. Ainsi Épictète affirme dans son Manuel que si on entend le cri du corbeau, il n’appartient qu’à nous de penser qu’il nous apporte le bonheur, et non le malheur. De même Épictète dit que toute situation est comme une amphore qui aurait deux anses, l’une des anses est solide tandis que l’autre est fêlée, et pour Épictète, il n’appartient qu’à nous d’aborder la situation par la anse solide (c’est à dire de manière positive), et non de prendre l’amphore par la anse fêlée, c’est à dire de manière pessimiste. Le bonheur est en partie aussi une affaire de volonté comme le devoir, donc ces deux termes doivent bien pouvoir être conciliables sous certains aspects.

 

Deuxième Partie: Faire son devoir peut-être compatible avec le bonheur dans certains cas

Premier argument : Faire son devoir empêche de mal agir, donc d’être poursuivi ensuite par les remords et la culpabilité. Si on ne fait pas son devoir, qu’on déroge aux principes de base de la morale, on peut ensuite être perturbé moralement, psychiquement. Un poème de Victor Hugo intitulé la Conscience, tout au début de la Légende des Siècles, illustre parfaitement ceci. Dans ce poème, Hugo reprend le mythe de Caïn tuant son frère Abel. Or, après l’avoir tué, Hugo raconte que Caïn erre sur la Terre poursuivi par un énorme œil (symbole allégorique de la conscience tourmentée de Caïn). Caïn a beau essayé de s’enfermer dans une tour, derrière des murailles, il est toujours poursuivi par cet œil. Finalement, il va jusqu’à sa propre tombe, pour trouver enfin le repos de la mort, mais « L’œil était dans la tombe et regardait Caïn! » De manière magistrale, Victor Hugo montre qu’on ne peut impunément désobéir au devoir, si on n’est pas poursuivi par la justice humaine, on ne peut rester équilibré psychiquement. Le déséquilibre psychique, voire la folie sont la punition de celui qui a enfreint les lois sacrées du respect de l’autre. Si donc, on veut trouver le bonheur, il ne semblerait pas qu’enfreindre le devoir soit la meilleure solution. Car comment peut-il être heureux, l’homme poursuivi par les fantômes de ses victimes ?

Deuxième argument : Faire son devoir implique un certain courage; on peut ensuite être fier de soi, donc éprouver le bonheur. Il est ainsi vrai que parfois faire son devoir demande un grand courage, faire son devoir peut même quelquefois se faire au péril de sa propre vie. Ainsi, par exemple, un homme qui saute d’un pont dans un fleuve pour sauver un autre homme de la noyade. Ou encore, un homme qui va chercher un blessé dans une voiture accidentée, qui a pris feu et qui menace d’exploser. Ces individus qui ont fait leur devoir ressentent ensuite un certain bonheur puisqu’ils peuvent être fiers de leur attitude plutôt exceptionnelle. S’estimer soi-même, s’aimer soi-même est un état d’esprit difficile à acquérir, mais celui qui y parvient, parvient aussi à la paix intérieure, donc au bonheur.

Troisième argument : Faire son devoir, c’est aimer, ce qui est la plénitude de la vie. Une fois que l’on est parvenu à s’aimer soi-même, on peut aussi enfin aimer les autres. Car qu’est ce que la définition du bonheur, si ce n’est aimer et être aimé ? Aucun être humain ne peut être heureux sans l’amour. Et pour faire son devoir correctement, il faut plus que la fidélité à une simple règle comme le pensait le trop rigoriste Kant, il faut l’amour. Par exemple, si nous prenons deux femmes, l’une qui aime son mari et l’autre non. Laquelle des deux sera plus  à même d’être fidèle au devoir de fidélité envers l’époux, celle qui aime ou celle qui s’en tient à l’application stricte de la loi ? La réponse est évidente !

Nul ne peut vraiment faire son devoir sans l’amour; or l’amour est la clé du bonheur. Voilà en quoi ces deux termes sont intrinsèquement liés. « Aimer, c’est se réjouir » nous disait Aristote; la joie est ce qui donne à l’homme le courage et la force de faire son devoir.

Quatrième argument : Si l’on n’est pas heureux, on peut difficilement faire son devoir. Devoir et bonheur sont donc finalement indissociables. Pour prouver cela une fois de plus, nous allons examiner le cas inverse, les gens qui n’ont pas connu l’amour, qui n’ont pas été heureux dans leur vie, sont-ils, en général, moraux et font-ils leur devoir envers autrui ? Si on regarde attentivement ce genre d’individus, surtout arrivés à un certain âge, nous ne pouvons que constater dans la plupart des cas une certaine aigreur, frustration, se transformant quelquefois en manifestations verbales déplaisantes ou agissements mauvais envers les autres. Autrement, dit, ils n’arrivent plus dans beaucoup de cas à faire leur devoir, parce qu’ils ont raté leur vie, qu’ils n’ont pas connu le bonheur. Quelqu’un qui est épanoui n’a , en effet, nul besoin de se défouler sur les autres ou de se moquer d’eux.

CONCLUSION : Faire son devoir, c’est finalement faire son devoir envers l’autre, mais aussi envers soi. Il faut arrêter de penser par préjugé que le devoir est une affaire austère. Il n’y a que quelques cas exceptionnels où l’individu doit se sacrifier pour faire son devoir. Le devoir n’est pas en fait pénible pour l’individu, au contraire, en respectant les autres, il apprend à aimer les autres et à s’aimer soi. Nous avons parlé du bonheur à un niveau individuel, mais à un niveau collectif, on pourrait penser aussi que c’est le devoir des États et des gouvernants de contribuer au bonheur de leurs citoyens.

 

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