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Attention, il ne s'agit en rien d'un exercice complet ou à recopier bêtement.

 

Introduction

Celui qui agit de manière inconsciente, et qui est incapable de savoir ce qu’il fait, peut facilement être conduit à des actions dangereuses, pour lui ou pour les autres. Il dépend de forces impulsives qui peuvent le mener n’importe où, et qui suppriment ses choix volontaires possibles. Au contraire, la prise de conscience de soi-même, et de ses actions, permet d’en évaluer les conséquences, et de savoir ce qui nous est bénéfique. Ce sont mes propres choix qui interviennent alors. De ce fait, il semble bien établi que la conscience puisse être libératrice. Mais, comme le montre la distinction entre la conscience et la spontanéité, une prise de conscience peut aussi conduire à entraver certaines de nos actions. Comment, par exemple, un mille-pattes pourrait-il arriver à se déplacer correctement, et rapidement, s’il devait réfléchir à la présence de chacun des membres qui le lui permettent ? Celui qui fait trop intervenir sa conscience ne devient-il pas timoré, et toujours à peser interminablement le pour et le contre, de la moindre action comme de la moindre pensée ? Pouvons-nous alors, véritablement, qualifier de libre quelqu’un qui est dans l’incapacité d’agir ?

De manière générale, une liberté et une action ne s’inscrivent-elles pas dans une prise sur le monde, qui permet leur intervention concrète, mais aussi qui en limite l’étendue ? Autrement dit, la conscience et la liberté n’admettent-elles pas des limites nécessaires, et ne faut-il pas considérer l’impact de ces limites sur l’émergence de la conscience ?

 

1. La conscience comme source de liberté

A. La conscience permet une prise de recul et un esprit critique

La prise de conscience semble bien signifier une libération. Elle permet en effet de se sortir de certaines dépendances , vis-à-vis de la nature. Celui qui obéit entièrement aux lois de la matière extérieure, et à l’instinct, reste tributaire de ce qui lui est donné, sans pouvoir intervenir. Il reste prisonnier de l’immédiat et tombe souvent dans des illusions , comme celles que Freud a pu mettre à jour avec l’inconscient. L’inconscience entraîne l’intervention de pulsions, qui nous poussent à agir et à désirer, mais en n’écoutant que le principe de plaisir. La réalité n’est plus ce à quoi notre esprit cherche à s’adapter, et il se réfugie dans le fantasme et l’illusion. Ainsi, Freud a pu montrer que la cure psychanalytique consiste justement à prendre conscience de ces désirs ou de ces interdits inconscients qui nous paralysent, leur prise de conscience suffisant à les faire disparaître en tant que forces de refoulement.

La conscience, de manière générale, est ce qui nous permet de prendre du recul, par rapport à nous-même ou par rapport à la réalité extérieure. Nous pouvons ainsi nous éloigner de certaines influences ou de certains déterminismes, afin de les considérer plus librement. Et c’est également ce qui explique que la conscience puisse être à l’origine de notre esprit critique et de notre réflexion . Descartes, en développant l’idée du cogito, montre bien en quoi la conscience peut être à l’origine de toute découverte scientifique, puisque les critères du vrai et du faux proviennent de notre esprit, et de la clarté et distinction de nos idées, qui elles-mêmes se fondent sur notre conscience comme point de référence immuable.

Cette liberté qu’apporte la conscience, Alain la résume bien dans sa phrase : « Penser, c’est dire non. » C’est faire la différence entre moi qui pense et ce sur quoi je pense, pour ne compter que sur le pouvoir de ma propre faculté de penser, en tant qu’individu.

 

B. La conscience à l’origine des actions culturelles de l’homme

Cette liberté qu’apporte la conscience se traduit dans les possibilités de réalisation de l’homme. Hegel, lorsqu’il parle de l’art, insiste beaucoup sur sa supériorité, qui vient de l’exercice des pouvoirs de notre esprit, par rapport à la beauté que nous offre la nature. Cette supériorité tient à la liberté de notre conscience. Je peux me faire une représentation de la réalité, et en dégager des significations dont la richesse serait inatteignable si je ne disposai de la souplesse de mon langage, et de ma conscience. Ainsi, cette dernière donne accès à la variété des manifestations culturelles de l’homme, qui dans l’art débouche sur des différences de style tout au long de son histoire.

Cet apport culturel, qui évite d’aborder les choses de manière unilatérale, nous le retrouvons également dans le domaine politique. Si nous en croyons un auteur comme Hobbes, la vie de l’homme à l’état de nature est une succession continuelle de conflits, qui viennent d’un souci de conservation qui se sent sans cesse menacé. Pour sortir de cette situation de « guerre de tous contre tous », il faut se dégager de la nature et mettre en place une entité artificielle (l’État), assez forte pour contraindre chacun, mais dont les lois sont décidées au nom de l’ensemble de la société. Cet aspect conventionnel de la politique n’est également possible que grâce à la culture de l’homme, qui ne se contente pas de ce qui vient de la nature, et la liberté et la sécurité qui nous sont ainsi offertes ne peuvent venir que de la capacité à en prendre une distance que nous autorise la conscience.

 

[Transition]: Il paraît donc indéniable que la prise de conscience soit la promesse, pour l’homme, d’une libération. Il ne reste plus englué dans ce que Sartre appellerait le monde des choses en-soi, c’est-à-dire le monde matériel et naturel. Son regard et ses actions sur les choses trouvent une ampleur sans précédent, grâce à cette prise de distance provenant de la conscience. Mais si la prise de conscience peut être libératrice, nous pouvons nous demander si c’est toujours le cas, et même s’il n’existe pas une tendance inverse qui ferait de la conscience une cause d’enfermement.

 

2. La conscience, signe d’un enfermement

A. L’impossibilité de s’harmoniser avec son corps et avec autrui

La conscience, si elle peut être libératrice, peut aussi être synonyme d’ enfermement . Nous en voyons une illustration si nous revenons à la conception qui est celle de Descartes. Les deux principales conséquences de sa philosophie de la conscience sont, en effet, d’aboutir à une séparation du corps et de l’âme, et à une très grande difficulté pour intégrer la présence d’autrui dans cette conscience individuelle. La séparation du corps et de l’âme provient de cette formulation sur laquelle débouche l’expérience du cogito: « Je pense, donc je suis. » Si l’homme peut tout mettre en doute, et si la seule chose qui résiste à ce doute c’est le fait que je suis en train de douter, ou de penser, cela entraîne l’idée que l’homme doit se définir, avant tout, par ses capacités d’être pensant et réflexif. La pensée seule est susceptible de me donner une certitude quant à mon existence, pensée qui peut elle-même se connaître bien plus facilement que ce qui vient du corps.La pensée de moi-même, ou de toute autre chose, lorsqu’elle devient une intuition intellectuelle, peut m’assurer de la vérité d’une telle pensée, tout simplement parce qu’il est impossible de penser à cette chose d’une autre manière, comme lorsque j’évoque l’essence d’un triangle, qui ne peut que correspondre à une figure dont la somme des angles est égale à deux droits. Par opposition, la pensée de mon corps reste confuse , incertaine, et dépend de ce qui vient me toucher en dehors de ma volonté. Ainsi, l’homme n’est-il plus qu’un pur esprit, et tout ce qui vient du sensible se voit dévalorisé. De la même manière, la présence d’autrui est écartée, ou du moins ne s’impose pas comme une évidence ou une chose connue. L’expérience du cogito me garantit de l’expérience que je peux faire, et que chacun peut faire pour son compte. Mais c’est une expérience qui ne m’assure que de moi-même . C’est moi qui pense, ou qui doute, et si un autre peut le faire tout aussi bien que moi, ce sera sa propre expérience, à laquelle je ne pourrais jamais me substituer. Ainsi, nous aboutissons à des consciences séparées, enfermées en elles-mêmes, et dans une véritable vision solipsiste. Autrui ne peut pas être pris en considération, car c’est d’abord et avant tout ma propre subjectivité qui intervient.

 

B. La conscience, source d’obsessions et de culpabilité

Ces défauts de la conscience réflexive, chez Descartes, apparaissent bien dans la critique que peut en faire Leibniz, notamment dans sa préface des Nouveaux Essais sur l’entendement humain . Il y montre notamment que la conscience, telle que l’envisage Descartes, conduit à l’impossibilité de renouveler sa pensée. L’exigence d’une conscience transparente à elle-même fait que ce à quoi je pense doit se redoubler de la pensée de cette pensée. Je dois penser que je pense, et ainsi à l’infini, sans jamais pouvoir passer à une nouvelle pensée. Le résultat est donc celui d’une idée fixe, obsessionnelle, qui m’empêche d’en sortir. Cet enfermement de la conscience en elle-même se révèle encore mieux si nous envisageons la conscience morale. En effet, celui qui revient sur ses actes passés y trouvera certainement quelques défauts au niveau intentionnel. Le regret, ou le remords, découlera de ce regard rétrospectif. Il en naîtra un sentiment de honte, ou de culpabilité, qui va devenir une véritable torture pour celui qui est incapable d’oublier. En se rappelant sans cesse sa faute, il ne pourra envisager aucun avenir. Il restera bloqué sur son passé, et ne pourra même plus vivre au présent. Cet enfermement aura pour conséquence une véritable action d’autodestruction, pouvant conduire au désir du suicide.

 

[Transition]: Nous voyons donc que la prise de conscience n’est pas forcément ce qui mène à une libération. Elle peut au contraire rendre impossible une sortie de soi-même et une véritable rencontre avec ce qui n’est pas moi (le monde ou autrui). Mais si la conscience peut aboutir à cela, c’est peut-être parce qu’il n’est envisagé qu’un seul aspect de la conscience (comme Descartes qui prend la conscience réflexive pour toute la conscience), ou qu’un seul usage de celle-ci.

 

3. La nécessité de faire intervenir différents degrés de conscience

A. La différence entre consciences spontanée, intentionnelle et réflexive

Les possibilités d’enfermement avec la conscience que nous avons pu observer en seconde partie s’expliquent par les distinctions que nous devons faire maintenant entre différents degrés de conscience, ou différentes conceptions de celle-ci. Comme nous l’avons vu avec Descartes, la conscience réflexive qu’il met en avant n’est pas la seule qui peut intervenir. Une conscience ne débouche pas forcément sur une réflexion, car elle peut s’arrêter à un certain seuil. C’est notamment ce que montre Leibniz avec les petites perceptions. La possibilité de prêter attention à un objet dépend de l’intensité des sensations qu’il fait naître en nous, comme celui qui sera réveillé par un bruit qui atteindra un certain niveau de décibels. Mais cela veut dire que la conscience n’est pas entièrement d’ordre réflexif, ou du moins qu’elle ne l’est pas immédiatement. Avant la prise de réflexion intervient une conscience corporelle, ou spontanée, qui déjà me guide dans tous mes mouvements. Nous n’avons plus à craindre, ici, de nous enfermer dans notre conscience trop réfléchie, puisque au contraire nous restons ouvert sur le monde qui fait naître en nous des perceptions, ni d’aboutir à une séparation trop importante entre l’esprit et le corps.

C’est aussi ce que la tradition philosophique de la phénoménologie appelle la conscience intentionnelle . Celle-ci se caractérise par sa relation au monde. « Toute conscience est conscience de quelque chose », écrit Husserl dans ses Méditations cartésiennes . Cela veut dire que la conscience n’est pas clôturée sur elle-même. Au contraire, elle n’apparaît que dans ces relations qu’elle entretient avec le monde, qui lui donne les possibilités d’être de telle ou telle forme (par exemple une conscience perceptive, si l’objet est présent là devant nous, ou une conscience imageant s’il est absent et qu’il faut s’en refaire une image dans notre esprit).

 

B. Les différents usages possibles de la conscience

Ainsi comprenons-nous, avec la conscience intentionnelle, comment peut intervenir une prise de conscience. C’est l’horizon du monde qui en donne la possibilité. Mais cet horizon n’est qu’une incitation, qui autorise différentes visées de ma subjectivité. C’est ainsi que, pour un même objet, ma conscience peut envisager plusieurs usages. Je peux mettre un livre dans ma bibliothèque dans l’intention de l’étudier, ou simplement pour son apparence et son effet décoratif. Cette différence d’usage, c’est celle qui sépare une conscience réflexive d’une conscience spontanée, telle que les étudie Husserl dans son ouvrage Logique formelle et logique transcendantale . Une conscience poussée au maximum de sa réflexivité donne lieu à une logique formelle , qui n’envisage les choses que sous l’angle de leur possibilité (un triangle conserverait son essence, même s’il n’en existait aucun équivalent dans la réalité perceptible). Mais lorsque cette possibilité ne suffit plus, par exemple dans le domaine de l’action ou de la perception, alors une conscience spontanée est suffisante, et même recommandée. C’est elle qui interviendra, par exemple, lorsque surgira de l’imprévu ou du contingent dans la vie quotidienne, et dont la possibilité ne pourra être prévue par une science. Vouloir le faire, ce serait vouloir supprimer tout ce qui fait la singularité de cette vie, et ce serait la figer une fois pour toutes alors qu’il s’agit, justement, de ne pas faire l’économie de son expérience .

 

Conclusion

La conscience peut donc bien être libératrice, mais dans une certaine mesure seulement. Si elle offre l’une des spécificités de l’homme, c’est-à-dire sa capacité à prendre de la distance par rapport à ce qui l’entoure (et d’où vont surgir toutes ses réalisations culturelles), cela ne l’empêche pas de devoir maintenir un lien avec cet entourage. La prise de conscience elle-même ne peut d’ailleurs surgir que de la sollicitation qui vient du monde extérieur, et la conscience serait complètement vide si elle disparaissait. Aussi la conscience peut-elle être libératrice que si elle n’oublie pas d’où elle vient, même si pour elle cela peut représenter une pesanteur (celle de la matière) par rapport à la légèreté de l’esprit. Oublier ce lien, c’est aboutir à un pur esprit (ou une pure conscience réflexive) qui n’a plus affaire qu’avec lui-même et qui, bien loin de déboucher sur une libération, conduit à un enfermement.

 

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E
Merci beaucoup pour ce corrigé de dissertation ! J’avais du mal avec mon sujet, et votre corrigé m’a beaucoup aidé à comprendre et analyser le mien
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