Attention, il ne s'agit en rien d'un exercice complet ou à recopier bêtement.
La conscience est un élément fondamental de l’appareil psychique de l’homme, au sens où elle permet à l’être humain de se penser, de se connaître et d’appréhender les faits ou les événements qui l’entourent. Mais la prise de conscience de soi peut conduire le sujet à se voir autrement, soit dans la différence qu’il constate entre ce qu’il fut et ce qu’il devient, soit dans les nouvelles projections qu’il se fait de lui-même face aux interpellations implicites ou explicites qu’engendre le regard d’autrui. C’est dans cet ordre de considération que notre réflexion nous amène à nous demander si la conscience de soi n’est pas un phénomène qui nous pousse à l’éloignement de nous-mêmes. En quoi la conscience de soi nous permet-elle de nous ouvrir au monde qui nous entoure ? Cette facette de la conscience a-t-elle un impact sur nous-mêmes ou sur notre devenir ? Nous verrons que la conscience de soi permet au sujet de se découvrir en tant qu’être humain ; ensuite nous constaterons que cette conscience de soi peut nous éloignes de nous-mêmes dès lorsque qu’elle se fait à travers la prise de conscience prenant conscience d’autrui.
Enfin nous appréhenderons le fait que la conscience de soi peut-être liberté de l’Homme tant en nous éloignant qu’en nous rapprochant de nous-mêmes.
La conscience est une faculté mentale qui permet à l’homme de se connaître tel qu’il est et d’appréhender les évènements extérieurs de façon subjective ou objective. Cette conscience, en tant que conscience psychologique, c’est-à-dire liée à la pensée, est innée chez tout être vivant. Mais elle est amenée à se développer tout au long de l’existence, avec le temps et le vécu du sujet. Et comme le disait Bergson, la conscience est en mouvement, elle suit le cours de notre existence ; être conscience c’est s’appuyer sur son passer, dans le présent, pour anticiper l’avenir. La conscience est dynamique. A l’inverse des animaux, l’homme possède la faculté d’être conscient, capable justement de produire et de se représenter son existence. La conscience de soi permet à l’homme de se découvrir et de se considérer comme un être unique en soi.
L’apparition de la conscience de soi se fait pendant l’enfance avec l’apparition du « JE » dans le vocabulaire de l’homme. C’est ainsi qu’à la question « Comment t’appelles-tu ? », l’enfant peut répondre : « JE m’appelle Paul, Nathalie ou Samira ». Par le fait même, l’enfant prend conscience qu’il existe, qu’il entre dans une communauté d’êtres qui lui ressemblent. Cette faculté de se considérer vivant a été appuyée par la célèbre citation du philosophe Descartes : « Je pense donc je suis ». Le « Je » prend ici tout son sens, je pense donc je vis, donc je suis quelqu’un. La conscience de soi est un moyen de se connaître et d’apprendre à se découvrir soi-même ; elle nous donne la certitude de notre être et de notre existence. Dès lors, l’homme peut s’intégrer dans la société. En effet, savoir que l’on existe, permet à l’homme de s’ouvrir au monde, et d’apprendre à se connaître par toutes sortes d’actions. Le sujet ne peut pas savoir s’il est jaloux, courageux, timide ou encore émotif, s’il n’a pas conscience qu’il existe et qu’il est unique. Son ouverture à la société lui permet d’intégrer des règles pour ensuite être conscient de ses actes.
Considérons l’exemple d’un homme qui traverse la rue sur un passage piéton. Cet homme est conscient qu’il existe et c’est pour cela qu’il ne traversera pas n’importe où, mais sur un passage piéton ; ainsi sa conscience de soi lui a permis de savoir qu’elle était la meilleure chose à faire s’il voulait traverser et donc d’avoir conscience de ses actes.
La conscience de soi offre à l’homme la possibilité de se connaître et de se faire une place dans le monde en tant qu’être vivant à part entière. Mais cette entrée dans le monde et la société met le sujet face à une difficulté : la conscience d’autrui. L’homme, comme le disait Aristote, est une « animal politique », c’est-à-dire un être dont la vocation est de vivre avec ses semblables, d’intégrer un « corps » social. L’homme ne devient véritablement et pleinement homme que par et dans la vie communautaire. Mais, en entrant dans la société, l’être humain est confronté aux autres. La conscience d’après Husser est consciente de quelque chose donc elle est nécessairement consciente des autres et du monde qui l’entoure, provoquant ainsi chez le sujet une curiosité grandissante pour autrui. La conscience d’autrui, si le sujet y est constamment impliqué, peut devenir une conscience morale au sens où l’homme intègre les règles de la société et se fait une idée plus ou moins claire des actions bonnes et des actions mauvaise. Il se construit donc des convictions sur la notion du bien. Mais il peut aussi en confrontation avec les autres, perdre petit à petit la conscience morale qu’il s’était faite lui-même. Par exemple : un jeune adulte voit son frère tuer pour de l’argent. Le frère en question ne cesse de répéter que ses actions sont bonnes et qu’elles visent une bonne cause. Avec le temps, le sujet perdra sa conscience morale pour se rattacher à celle de son frère s’éloignant ainsi de lui-même. La conscience de soi semble alors devenir une autre conscience de soi, toute neuve, comme si le sujet cessait d’être lui-même pour devenir autre. De même, parfois en agissant, nous ne sommes pas dans la claire vision de notre acte. Nous pouvons le juger bien et nous considérer comme vertueux. Or, il suffit du regard ou de l’opinion d’autrui pour nous faire prendre conscience de la gravité de notre acte. Sartre a mis ceci en évidence en montrant que le regard d’autrui me transforme, il me fait prendre conscience de moi en me défiant et en m’interpellant sur le sens de ma pensée et de mes actes. On n’est plus soi-même mais un être étranger dont les principes moraux ne sont pas en accord avec ceux qu’on s’était progressivement construits dans notre existence.
On peut insister sur l’importance du lien entre la conscience de soi et autrui. Le fait de vivre avec d’autres peut engendrer de la jalousie ou tout simplement un changement radical dans la pensée du sujet. Exposé à d’autres points de vue, à une société en perpétuelles mutations, le sujet est en proie aux doutes et tente de se voir comme quelqu’un d’autre, au point, parfois, de refouler ses idéologies, ses envies, sa façon d’être, etc. La présence d’autrui rend l’homme conscient de sa différence et donc pousse celui-ci à devenir quelqu’un d’autre, un étranger à soi.
De même, il n’est plus tâche facile pour l’homme de se forger sa propre vision des choses. A l’école on apprend aux enfants à être généreux, mais plongé dans la vie ils apprennent qu’il faut parfois être avares, de garder pour eux seuls leurs biens, ou de bien protéger leur patrimoine familial, etc. Ainsi le sujet ne se rend plus compte de sa vraie nature. Il peut se cacher derrière les autres et rentrer dans le moule de la société : n’est-ce pas là devenir étranger soi-même ? Il a conscience de soi mais devient étranger à lui-même par le simple fait d’être avec autrui.
Le lien avec autrui pousse l’homme à prendre conscience de soi mais surtout à s’éloigner de cette conscience de soi, au risque parfois de se perdre. Mais cette situation, loin d’être une perdition, une étrangeté à soi, n’est-elle pas, au contraire, l’expression même de la liberté du sujet, capable de changement ? L’homme ne change-t-il pas en restant lui-même ?
L’homme qui prend conscience de lui est un être fondamentalement libre. Il est libre de posséder des goûts, des avis qui lui sont propres et de faire ses propres choix. La vie et la conscience de soi sont liées et font de l’homme un être unique et doué d’une capacité à aller vers autrui. En effet, le sujet qui prend conscience de lui et prononce le « JE » est, comme dit Sartre, un « être situé », toujours en devenir. L’homme, écrivait Sartre, n’est pas, il devient. Il se construit progressivement dans le devenir. Son contact avec le monde extérieur lui permet de s’ouvrir aux autres. C’est la liberté liée à la conscience de soi qui rend l’homme ouvert et capable de comprendre quelqu’un d’autre que lui-même, mais c’est elle qui permet aussi à l’homme de se comprendre dans son être le plus profond. Le devenir nous fait être ce que nous sommes profondément.
Dans se confrontation au monde, l’homme ne change pas d’identité, il reste le même. Comme le disait Kant, aucun facteur extérieur, ne peut altérer l’essence de la de l’être conscient. On peut donc admettre que le monde extérieur et les différentes expériences que fait le sujet dans son existence permettent l’évolution et l’enrichissement de la conscience de soi. Il est question d’une humanité consciente de soi capable de s’enrichir en échangeant les idées et les principes. La conscience de soi est une liberté capable à la fois de se connaître librement, d’intégrer les idées d’autrui par soi-même. Cette intégration qui occasionne des changements ne transforme pas fondamentalement le sujet, elle lui permet de s’enrichir des autres et de la société. En prenant ainsi conscience de ce qu’il est, des diverses facettes de son être, le sujet ne devient pas autre que lui-même, il se découvre pleinement.
La conscience de soi est considérée comme la métaphore du miroir renvoyant une image de soi à soi-même. Mais il est bien plus complexe de comprendre entièrement la conscience de soi. Celle-ci peut nous pousser à devenir étranger à nous-mêmes à cause de l’influence d’autrui mais aussi nous apprendre à nous connaître plus profondément. La conscience de soi permet avant tout la liberté. Liberté d’être soi mais aussi la liberté d’apprendre des autres.