Attention, il ne s'agit en rien d'un exercice complet ou à recopier bêtement.
Gagner: s'assurer un profit matériel mais aussi acquérir, retirer de, conquérir... Travailler: on peut distinguer la forme idéale du travail et ses formes sociales. Voir le cours sur le travail, les formes sociales du travail
Intro possible:
L'ambiguïté de ce sujet tient à la définition à donner au verbe gagner. Habituellement compris économiquement, il semble appeler une réponse simple: nous gagnons de l'argent, qui est l'équivalent monétaire du travail produit. Cette réponse occulterait toutefois le fait que le gain peut se comprendre différemment. Nous pouvons gagner de la reconnaissance sociale, de la satisfaction de soi, de la connaissance etc. Il convient de comprendre en quoi les différents gains entrent en concurrence, voire en rapport d'opposition. À cet égard, la définition du travail est très utile. Identifié étymologiquement au tripalium, un instrument de torture, le travail est l'activité qui consiste à exercer une habileté en vue de la production d'un résultat, ce qui n'implique pas nécessairement que tout travail est identifiable à une profession économiquement reconnue (on parle bien du travail des élèves), mais ce qui veut dire que tout travail est un exercice soumis à des règles qui ont pour finalité l'obtention d'une fin ou d'un résultat particulier.
Le problème tient alors au fait que le travail relève d'abord d'une nécessité et non d'un choix. Nous travaillons pour améliorer notre existence, au sens où le travail a toujours été le moyen pour l'homme de sortir d'une condition naturelle misérable qui faisait de lui un animal fragile. Le travail a donc été une torture nécessaire, puisqu'il a été indispensable de construire les moyens d'une existence meilleure. Comme nécessité, le travail ne peut donc être conçu autrement que comme un moyen, qui ne réalise pas l'homme et ne satisfait pas à son bonheur, mais lui permet de se dégager des contingences naturelles, de satisfaire ses premiers besoins, pour accéder à une vie véritable. Néanmoins, c'est également à la faveur du travail que l'homme a développé les techniques, a appris à sociabiliser avec ses congénères, et est parvenu progressivement à une maîtrise de soi. En ce sens, il ne serait pas faux de voir le travail comme ce qui a permis à l'homme de devenir homme et de se réaliser pleinement. Comment alors expliquer ce paradoxe entre un travail aliénant par nature, et un travail libérateur par fonction ?
Vers le problème:
- Réflexion possible. Tout gain a un prix, si le prix est plus important que le gain, en réalité on perd. Pensez au travail aliéné, inventé, organisé par un autre et profitant à un autre...
Si on perd sa liberté en travaillant, comme être raisonnable sensiblement affecté, on perd tout.
Pour une introduction: point de départ: l'opinion qui ne pense pas. D'une part on gagne un salaire qui arrive à la fin du mois par exemple. Le reste est un sacrifice de tous les appétits. On s'y traîne le lundi matin. Ce qui prouve pour l'opinion qu'on ne gagne rien à travailler. Un peu de réflexion nous amène à mettre en question l'opinion: peut-on renoncer à ce qui nous humanise sans perdre une perdre une part de notre humanité.
Quelques pistes:
= Travailler pour se libérer de l'oppression exercée par la nature (donné naturel extérieur), et du donné naturel intérieur que chacun porte en lui, qui est source de caprice et de passion.
= Travailler pour gagner sa vie? (penser à la liberté économique: si je n'ai pas de quoi payer le prix de mon déplacement, je reste chez moi, malgré moi.)
= Travailler pour gagner sa dignité et exercer l'échange grâce auquel chacun se reconnaît en se faisant reconnaître. Penser à Hegel la conscience de soi entre, dans l'oeuvre, dans l'élément de la permanence. Ainsi elle se prouve à elle même sa dignité et elle la prouve aux autres qui peuvent accéder à l'oeuvre.
En résumé:
= le travail est une nécessité: renoncer au travail ne serait-ce pas renoncer à soi même. En effet refuser le travail serait refuser:
- sa dignité: en effet le travail définit l'homme comme celui qui refuse le donné intérieur (animalité) et le donné extérieur (la nature).
- sa raison de vivre: parce que le travail est une activité qui produit une oeuvre: en quoi l'œuvre est-elle raison de vivre humainement?
- la conscience de soi: le travail ne fait-il pas entrer dans l'élément de la permanence la conscience de soi: elle s'extériorise pour ainsi dire. Le travail forme l'homme qui par lui accède à lui même et à la liberté.
Le mot «travailler» contient déjà une réponse à la question posée, puisque ce verbe vient du latin tripalium, instrument de torture. Le travail dans le récit de l’Ancien Testament est tenu pour une punition: dans le paradis, Adam et Eve ne connaissaient pas cette malédiction. Mais ils furent condamnés, du fait de leur désobéissance. Les philosophes grecs en général emboîtèrent ce pas: Platon, dans la République, ne ménage pas les artisans, les agriculteurs, tous ceux qui sont astreints à des occupations matérielles.
Nous ne voyons pas ce qu’on gagne à travailler, d’autant que le monde moderne, loin de s’opposer à l’aliénation comme à la misère du travail, a contribué à sa servitude. Nous ne pouvons pas ne pas en appeler à Marx: l’un des premiers à théoriser l’envers du travail. La division des tâches, valorisée par Adam Smith, a disloqué la manufacture. L’ouvrier est enfermé dans le parcellaire (cent ouvriers, fixés, chacun d’entre eux, à la répétition d’un seul geste, fabriquent mieux que les cent ouvriers devant fabriquer séparément ces objets). En raison de cette dégradation, la femme ne tardera pas à remplacer l’homme dans la fabrique, et bientôt les enfants. Le salaire, qui aurait pu récompenser l’activité productive, est réduit à seulement entretenir l’existence de l’exploité. Souvent, l’ouvrier est encore exposé aux pires dangers. Rien n’est prévu pour sa sécurité. Aussi est-il surprenant que nous soit demandé ce qu’on peut gagner, là où le travailleur perd sa santé et la qualité de son existence. Il est exploité et ne reçoit rien en échange. Il nous sera opposé que le monde actuel de l’usine a modifié et corrigé les excès du capitalisme: en réalité, le machinisme souverain et les lois du marché (produire de plus en plus) ont encore abaissé le travail.
Si nous ne retirons rien à ce réquisitoire, il nous faut cependant reconnaître un côté moins sombre au travail, un autre aspect que le langage a d’ailleurs reconnu. Pour le philosophe, le travail consiste à organiser et sauver le monde dans lequel nous vivons. Il n’est rien que nous ne devions au travail, l’habileté et au savoir-faire de celui qui l’a fabriqué. A travailler, nous ne devenons rien de moins que «maîtres et possesseurs de la nature». Sans cette humanisation des énergies naturelles, nous serions tous condamnés à vivre dans le manque et même le pire. D’ailleurs, n’importe quelle marchandise ne vaut que selon la quantité et aussi la qualité de travail qu’elle a supposées. Argument de moindre poids, les pays qui regorgent de matières premières ont été dans l’histoire moins florissants que ceux qui en étaient dépourvus, car ceux-ci furent obligés au labeur de la suppléance.
Le travail ne se borne pas à guérir notre monde de son désordre, de ses déficits et de sa violence; il sauve l’homme lui-même. D’abord, le travail (et même quand il s’agit d’une occupation souhaitée, source de satisfactions) ne va pas sans des règles et des obligations. On entre au bureau, par exemple, à telle heure, tous les jours ouvrables. Par là même, l’employé est soumis à une discipline dont on voit le caractère formateur. Le désœuvré, le chômeur de longue durée entre dans une sorte de dépression dangereuse et obligée, parce que tout travail élève celui qui s’y livre et le transforme. C’est le «faire» qui enrichit l’être.
En dépit de son côté noir, nous avons souligné l’indispensabilité du travail, ainsi que sa puissance humanisante. Certains soutiennent actuellement la «fin du travail», puisque les robots demain remplaceront les ouvriers. On insiste beaucoup sur ce changement mais il faudra toujours compter sur ceux qui réparent ou ceux qui commercialisent les engins automatisés. Mais la plaie du chômage? Nous nous demandons si elle n’est pas habilement entretenue afin de disqualifier encore le travail, décidément mal reçu depuis le début de l’humanité (tu travailleras à la sueur de ton front). C’est pourquoi nous préférons aussi à la formule «Travailler plus pour gagner plus» celle-ci: «Que tous puissent travailler sans qu’ils doivent gagner moins.