L'Asie du Sud et de l'Est s'étend sur 27 millions de km carrés (20% des terres des terres émergées) et elle abrite une population de 3,8 milliards d'habitants (55% de la population mondiale). Cette région du monde connaît actuellement un développement important et elle est la locomotive de l'économie mondial (30% de croissance économique, 8,5 % par an, 5 des 20 premières puissances économiques). Cependant, les États doivent faire face à de nombreux défis: maîtriser la démographie, faire en sorte que la croissance soit bien partagée et enfin, agir en faveur de l'environnement.
I/ Les États face aux enjeux démographiques
A) La moitié de la population mondiale
L'Asie du Sud et de l'Est abrite les deux principales puissances démographiques du monde: la Chine (1,3 milliards d'habitants) et l'Inde (1,2 milliards d'habitants). Les pays d'Asie sont moins dotés en matières premières que ceux d'Afrique. Pour se développer, ils ont utilisé l'immense réservoir démographique à leur disposition. A son arrivée au pouvoir en 1949 et lors du « Grand Bond en Avant» (1958), Mao ente de mobiliser les «forces productifs cachés» (mains d’œuvre des campagnes). Aujourd'hui, dans tout les pays d'Asie, la population est entrée dans une 2nd phase de transition démographie. L'urbanisation conduit à une baisse de la fécondité. La Chine, en 1979, impose la politique de l'enfant unique.
B) Une urbanisation très rapide
L'Asie est entrée dans la «transition urbaine»: la population qui était dans sa très grande majorité rurale, devient citadine. Ce changement s'explique par la croissance de la population mais aussi par la modernisation des campagnes (la fameuse «révolution verte»). Il y a en Asie, 1,5 milliard d'urbain (43% de la population urbaine mondiale) et il y a tous les ans 40 millions d'urbains de plus.
Cependant, il y a 67% d'urbains au Japon contre 30% en Inde. En Chine, malgré les efforts des autorités, des millions de «mingongs» (travailleurs migrants) quittent les campagnes pour travailler dans les usines de la côte. D'immenses mégapoles se forment: Tokyo (34 millions d'habitants), Canton (25 millions d'habitants), Delhi (24 millions d'habitants). En 2011, 58 villes asiatiques parmi 100 villes les plus peuplés du monde → 20 mégalopoles de plus de 8 millions d'habitants.
L'ONU prévoit un taux d'urbanisation de 65% d'ici 2050.
C) Les défis démographiques
La population de l'Asie continue à croître et en 2040, le continent comptera 600 millions d'habitants de plus. En Inde, les politiques de réduction des naissances ont donné des résultats décevants en raison des réticences culturelles mais aussi de l'importance de l'analphabétisme. Cette croissance incontrôlée a de graves conséquences sur les terres agricoles et l'environnement. D'autres États (le Japon, la Chine, Singapour) ont achevé leur transition démographique et doivent faire face au vieillissement de leur population. L'économiste indien Amyrta Sen a dénoncé le phénomène des «femmes manquantes»: en effet l'Asie manque de femmes car les familles pratiquent l'avortement sélectif. Les Indiens refusent d'avoir des filles pour éviter de payer des dots élevées lors du mariage.
En Chine, les familles veulent avoir des fils qui s'occuperont des parents vieillissants. Les infanticides ou les mauvais traitements sont encore fréquents. La Chine, en 1984, a autorité les familles rurales à avoir un second enfant si le premier est une fille. En 2013, la politique de l'enfant unique a été assouplie. Enfin, les États doivent agir pour réduire la pauvreté. 50% des citadins d'Asie vivent dans des bidonvilles et ils sont les premières victimes des catastrophes naturelles (séismes, cyclones, tsunamis). La pauvreté frappe aussi les personnes âgées (en Chine et au Japon).
II/ Le développement économique de l'Asie du Sud et de l'Est
A) Le rôle précurseur du Japon
Le Japon est le 1er pays de la zone à se développer et il va servir de modèle à tous les pays d'Asie de l'Est et du Sud. En 1867, pour échapper à la colonisation, il se lance dans une modernisation accélérée de ses structures politiques et économiques: c'est «l'ère Meiji». Dans les années 1930, il se lance dans une politique impérialistes et il attaque les USA (Pearl Harbor). Cette politique conduit au désastre avec les bombardements de villes et frappes nucléaires sur Hiroshima et Nagasaki. En 1945, le pays est ravagé et occupé par les USA qui imposent la démocratie et qui démantèlent les grandes conglomérats (les «zaïbatsus») accusés d'avoir poussé à la guerre. Durant la guerre de Corée, le Japon se montre un partenaire loyal des USA qui signent avec Tokyo, le traité d'alliance de Sans Francisco (1951). L’État va diriger la reconstruction par l'intermédiaire du MITI (Ministère de l'économie et du commerce extérieur). Le MITI fixe les secteurs à se développer, il distribue des subventions, il achète et les offre aux entreprises. Le MITI autorise la renaissance des conglomérat appelés maintenant les «Kereitsus», une entreprise très soutenus par l’État qui possède de nombreuses activités (Mitsubishi, Sony...) et sa propre banque. Les entreprises japonaises ont renoncé au système tayloro-fordisme pour le «toyotisme». Les salariés disposent de l'emploi à vie et leur salaire progresse à l'ancienneté. En échange, ils ne font jamais grève et prennent peu de vacances. Il existe une alliance très forte entre les hommes politiques, les patrons et les hauts fonctionnaires (le «triangle de fer»). Le Japon applique la théorie du «vol des oies sauvages» de l'économiste Aka Matsu. Le pays se lance dans l'exportation de produits finis et il fait régulièrement évoluer sa spécialisation internationale: textile, aciers, automobile électronique, haute technologies ( biotechnologies, nanotechnologies, robots...). Comme la main d’œuvre est qualifiée et donc chère, dès qu'un produit est moins rentable, on le délocalise et on fabrique d'autres objets plus rémunérateurs. Les délocalisations japonaises permettent le décollage des 4 «Dragons» (Corée du Sud, Singapour, Hong-Kong, Taïwan) qui deviennent en 40 ans des pays développés membres de l'OCDE.
B) L'éveil de la Chine ( Cf cours sur l'histoire de la Chine )
A partir de 1979, Deng Xiao-Ping fait le choix du capitalisme et il lance des réformes libérales. La Chine devient l'atelier du monde et affiche des taux de croissance élevés ( jusqu'à 13%). En 2010, le pays devient la 2nd puissance économique mondiale devant le Japon. Grâce à ses excédents commerciaux, la Chine investit massivement en Afrique pour trouver des matières premières. Elle y construit aussi de nombreuses infrastructures ( routes, voies ferrés...). Dans les pays développés, elle veut a acheter des marques et des technologies. En 2014, le chinois Dongfeng entre au capital du constructeur automobile français PSA. La Chine finance même le déficit des USA et de certains États européens. Comme au Japon ou en Corée, l’État joue un rôle majeur dans les choix économiques. Lors de la crise de 2008, l’État chinois lance un énorme plan de relance de 400 milliards de $ pour soutenir l'activité et développer l'intérieur du pays (constructeur de TGV).
C) La montée de l'Inde
L'Inde dès son indépendance (1947) fait le choix de la démocratie. Elle veut conquérir son indépendance économique. Le gouvernement dirigé par Nehru impose des douanes élevées aux produits étrangers pour favoriser le développement d'une industrie nationale. Il se rapproche de l'URSS qui devient un modèle et un fournisseur de machines. L’État construit des industries dans les grands ports (Mumbai, Calcutta). Cependant, cette politique est un échec. En 1991, le pays est frappé par une grave crise financière et il décide de s'ouvrir à la mondialisation. Contrairement à la Chine qui s'est spécialisée dans l'industrie, l'Inde développe les services aux entreprises. Elle offre aux FTN des ingénieurs dont les salaires sont attractifs. Le pays devient le 1er producteur mondial de logiciels. La région de Bangalore devient la « silicon valley » indienne. L'Inde n'en est qu'aux prémices du développement. Il existe de nombreux handicaps comme le manque d'infrastructures (train, routes, centrales électriques...), le problème des castes (intouchables)....
III/ Les limites du développement de l'Asie du Sud et de l'Est
A) Les crises financières
Les succès des économies asiatiques ont impressionné les USA et l'Europe qui ont cru qu'il existait un «modèle asiatique du développement» applicable à tout les pays pauvres. Le Prix Nobel d'économie américain, Paul Krugman, a toujours qualifié le développement de l'Asie de «fable douteuse» et il est toujours considéré que le modèle asiatique était le «plus sûr chemin de la croissance à la crise». Les faits lui ont donné raison car de graves crises financières ont éclaté en 1990 (au Japon) et en 1997(dans toute l'Asie). Ces chocs de grande ampleur ont d'abord révélé une grande corruption des milieux politiques et économiques. On a découvert une gestion très opaque des entreprises. Les entreprises préféraient la croissance extensive ( acquérir toujours plus de parts de marchés) à une croissance intensive ( privilégier la rentabilité). Le Japon a connu 20 ans de croissance presque nulle; des étrangers se sont implantés dans le pays. Renault a racheté Nissan et a mis fin à l'emploi à vie. En 1997, le FMI est venu au secours des pays en crise mais il a exigé des réformes profondes dans la gestion des entreprises
B) Les déséquilibres socio-spatiaux
Les fruits de la croissance sont mal redistribués, ce qui provoque des tensions sociales. Seuls 3 pays, ont un IDH élevé: Japon, Corée du sud, Singapour. Ailleurs, il est moyen (Chine) ou très bas ( Bangladesh). Souvent une petite élite capte l'essentiel des richesses qui sont ensuite placées à l'étranger. En Chine, le «parti des princes» (composé des fils des compagnons de Mao) est régulièrement dénoncé sur l'internet chinois pour son avidité et son train de vie luxueux. Le gonflement de la classe moyenne en Chine ou en Inde ne parvient pas à faire oublier ceux qui vivent dans les bidonvilles dans une pauvreté absolue. La Chine, pour freiner l'exode rural et mieux contrôler les régions habitées par les minorités a entrepris de construire des infrastructures dans l'intérieur du pays. Ce «Go West» a aussi pour but de proposer des ouvriers moins chers à des entreprises littorales qui commencent à souffrir de la concurrence des Cambodge, du Vietnam ou de l’Éthiopie.
C) Une urgence: le développement durable
En Asie du Sud et de l'Est, la croissance s'est faite au détriment du milieu naturel. Les États étaient davantage soucieux de croissance que d'écologie. Le 1er ministre indien, Gandhi disait que la pauvreté était «la 1ère des pollutions». En 1997, les États d'Asie (à l'exception du Japon) n'ont pas adhéré au protocole de Kyoto qui avait pour but de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Les population mais la situation change et des militants osent briser le silence malgré la répression. L'écologiste chinois Lio Xiabo est le seul prix Nobel du monde qui soit incarcéré. La pollution des airs, des eaux et des sols nuit à la croissance économique. De nombreux cadres étrangers refusent de venir dans des villes où les enfants développent des cancers du poumons, où il faut équiper les écoles de purificateurs d'air. Le modèle de développement est à revoir. Les États d'Asie ont privilégié l'exportation sur la consommation intérieure. La crise actuelle a réduit leurs débouchés alors que leur dépendance énergétique a tendance à s'accroître. Ils doivent revoir leur modèle économique. Pour faire face à la hausse du coût de la main d’œuvre, il est urgent de monter en gamme et de fabrique des produits à plus forte valeur ajoutée. Une telle mutation n'est possible qu'en investissement massivement dans les universités et dans la recherche.
Conclusion : L'Asie du Sud et de l'Est est le futur centre de gravité du monde. La population augmente, elle s'enrichit et les perspectives de croissance restent critiques. Cependant, les États, qui sont souvent autoritaires, doivent faire face à de nombreuses critiques. La société civile réclame la mise en place d'un État de droit et un modèle de croissance moins pollueurs. En raison des tensions internes, tous les États adoptent un discours nationalistes et xénophobe qui empêche toute intégration régionale et qui menace la paix.