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La Princesse de Montpensier

Introduction sur l’œuvre au programme

Mme de Lafayette écrit La Princesse de Montpensier en 1662. Cette courte nouvelle condense tout ce qui apparaîtra ensuite dans les autres œuvres de la romancière : l’intrigue amoureuse prend place dans un contexte historique qui rend compte de la réalité des mœurs à la Renaissance, sous le règne de Charles IX. Elle s’insère de manière vraisemblable dans les moments de trêve politique. La romancière, moraliste influencée par le jansénisme, tend à montrer le parallélisme entre le désordre politique lié aux guerres de religion et le trouble amoureux inhérent à toute passion. Elle décline dans la nouvelle différents types d’amants, d’inspirations littéraires variées. Le destin tragique de Marie de Montpensier et le sacrifice du comte de Chabannes peuvent être interprétés comme une mise en garde pour tous ceux qui cèdent à la passion. Au-delà d’une leçon de morale nécessairement réductrice, c’est l’analyse psychologique qui intéresse la romancière, qui dissèque les tourments de l’âme humaine confrontée non seulement à un dilemme d’ordre moral, mais aussi aux mœurs qu’imposent la société. En ce sens, La Princesse de Montpensier peut être lu comme un laboratoire de ce qui sera développé seize ans plus tard dans La Princesse de Clèves. Les échos entre les deux œuvres sont nombreux. Elles peuvent être lues en miroir : l’une offrant le contre-exemple à ne pas suivre, l’autre présentant un modèle de vertu. Mais, à la différence de la princesse de Clèves, Marie de Montpensier est confrontée à une violence inouïe : violence de la société – les guerres de Religion servant de toile de fond à toute l’intrigue –, violence de sa famille qui lui impose ses choix, violence des hommes qui l’entourent, qu’elle soit physique à travers les emportements de ses parents et du prince son mari, ou morale, à travers les manipulations du duc d’Anjou ou les trahisons du duc de Guise. C’est sans doute la raison pour laquelle Bertrand Tavernier s’est intéressé à ce personnage très moderne, dans l’adaptation cinématographique qu’il a donnée de la nouvelle en 2010 : il a vu en Marie de Montpensier une femme qui résiste à la violence environnante. S’il respecte l’esprit de la nouvelle, il n’a pas hésité à la transformer pour emmener son héroïne vers plus d’indépendance. Il sera intéressant pour les élèves d’« apprécier [les deux œuvres] dans la double perspective de leur singularité et de leur intertextualité », préconisent les instructions officielles : les esthétiques qui sous-tendent la nouvelle classique et le film historique ne sont évidemment pas les mêmes. en découle des choix différents, qui s’appuient tous sur une certaine idée de la vraisemblance. Il conviendra d’étudier ce qui distingue la vraisemblance psychologique de la vraisemblance historique. Dans tous les cas, cette nouvelle historique d’apprentissage prouve sa richesse par les multiples interprétations dont elle peut faire l’objet. Aux élèves à présent de se forger leur propre jugement en la lisant. Puissent ces quelques pistes de réflexion les y aider !

 

Tableau synoptique de la séquence

Séances Durée Supports Objectifs Activités
1 2 h - L’œuvre complète - Comprendre sans notes, à partir des
champs lexicaux majeurs.
- Se repérer dans la chronologie de la
nouvelle.
- Contrôler une compréhension littérale.
- Repérage lexical, avec puis sans
dictionnaire.
- Questionnaire de lecture.
2 2 h - Extraits de l’œuvre complète. - Se repérer dans l’histoire de France  qui sert de support à la nouvelle : le règne de Charles IX et les guerres de Religion. - Pour chaque extrait donné, les élèves doivent faire des recherches sur les événements historiques dont il
est question.
3 2 h - Les passages où apparaissent
les personnages masculins
- Repérer les différents types d’amants
présents dans
La Princesse de Montpensier.
- Repérer les différentes influences
littéraires et culturelles présentes dans la
nouvelle : l’amour courtois, la préciosité, le
baroque, le classicisme.
- Travail par groupes, chaque groupe
ayant en charge un des quatre
personnages masculins :
1. Le prince de Montpensier : le mari
jaloux
2. Le duc de Guise : le chevalier
impulsif
3. Le duc d’Anjou : le galant
audacieux
4. Le comte de Chabannes : le
confident amoureux
- Repérage des différents termes
associés à chaque personnage, ainsi
que les différentes figures de style qui
sont employées pour chacun.
4 2 h - La scène de rencontre, depuis
« Le duc de Guise y demeura
avec lui » (p. 15) jusqu’à « il
pronostiquait aisément que ce
commencement de roman ne
serait pas sans suite » (p. 19)
- Repérer les topoi de la scène de rencontre.
- Analyser le point de vue des quatre
amants.
- Lecture analytique.
- Les figures d’atténuation
(périphrases, litotes).
- Travail sur les jeux de regards :relevé des termes appartenant au champ lexical de la vue, de l’implicite,
du paraître.
5 2 h - L’aveu du duc de Guise à la
princesse de Montpensier,
depuis « On découvrit en ce
temps-là » (p. 24) jusqu’à « qui
en avait déjà gagné la plus
grande partie » (p. 26)
- Comprendre ce qu’est le dilemme
tragique.
- Une tragédie : la passion dévastatrice.
- L’analyse psychologique.
- Le
furor antique.
- Le sacrifice du comte de Chabannes.
- Lecture analytique.
- Les figures d’opposition (antithèses,
concessions, oxymores).
- Travail sur les différents types de
discours rapportés : discours direct,
discours indirect, discours indirect
libre.
6 2 h - Comparaison entre l’incipit et
l’excipit
- GT sur la passion vue par les
jansénistes (Pascal, La
Rochefoucauld, Racine)
- La princesse ou « la vertu mise à mal » : la
dimension morale de l’œuvre.
- Plaire et instruire, le jansénisme.
- Lectures analytiques comparées.



7 2 h - Extraits de La Princesse de
Clèves
et de La Comtesse de Tende
- Comparer les deux œuvres, notamment
dans leur dimension morale : Mme de
Clèves, un modèle de vertu ; Mme de
Montpensier, un contre-modèle.
- Comparaison de passages :
1. L’incipit
2. La rencontre
3. La scène du bal
4. L’aveu et le quiproquo : aveu de la
princesse de Clèves à son mari,
surpris par le duc de Nemours/aveu
de la princesse de Montpensier au
duc de Guise fait en réalité au duc
d’Anjou déguisé
5. Le monologue intérieur
6. L’excipit
- Au terme de ces comparaisons,
exposés oraux faits au reste de la
classe.
8 2 h - L’avertissement du libraire au
lecteur
- L’œuvre complète
- Histoire ou fiction ? - Réponses aux questions sur la façon
dont histoire et fiction sont entremêlées.
- Réflexion sur les termes « histoire »,
« aventure », « récit fabuleux ».
9 2 h - L’œuvre complète - Réfléchir à l’esthétique propre au genre
de la nouvelle.
- Travail sur :
1. le rythme du récit : pauses et
ellipses temporelles ;
2. la focalisation adoptée par le
narrateur qui oscille entre le point de
vue omniscient et point de vue
interne ;
3. l’alternance entre description et
narration.
10 3 h - Visionnage de l’adaptation
cinématographique de
Bertrand Tavernier
- Lecture de l’avant-propos du
scénario, écrit par le réalisateur
(éditions Flammarion, p. 7-22),
dans lequel il explique la
démarche qu’il a suivie pour
adapter la nouvelle de Mme de
Lafayette au cinéma
- Évaluer la fidélité et l’efficacité d’une
adaptation cinématographique.
- L’adaptation cinématographique comme
interprétation de la nouvelle.
- Analyse filmique.
-Questionnaire sur le film, et notamment sur ses écarts avec la
nouvelle.


 Séances clé en main
Séance 1 : Lire sans notes
Objectifs :
- contrôler la compréhension lexicale et littérale des élèves ;
- comprendre les références historiques ;
- repérer des champs lexicaux récurrents ;
- montrer comment le langage employé pour caractériser les personnages permet de dresser une
typologie des amants dans la nouvelle.
 

I. À vos dictionnaires !
A.
Comprendre les références historiques
a. Charles IX, troisième fils d’Henri II et de Catherine de Médicis, succéda à son frère
François II (dont le règne fut très bref) à l’âge de dix ans. Il régna de 1560 à 1574 – la régence fut
confiée à sa mère jusqu’en 1563, qui conserva toujours une très grande influence sur ses
décisions. Quant à Mme de Lafayette, elle écrit sous le règne de Louis XIV.


b. et c. La guerre civile en question est la 1ère guerre de Religion (1562-1563 = traité d’Amboise). Elle opposa les protestants français ou huguenots, commandés par le Prince de Condé et Gaspard de Coligny, sieur de Châtillon, et alliés à l’Angleterre, aux catholiques ou papistes. La Réforme calviniste se répandit rapidement en France dans tous les milieux, créant des tensions religieuses. La volonté de faire triompher sa foi se doubla d’une dimension politique, avec la rivalité et les ambitions des grandes familles du
Royaume (Guise et Montmorency du côté des catholiques, Bourbons – Condé, Navarre – et
Coligny du côté des protestants).


d. à g. La 2ème guerre de Religion commença en septembre 1567. Les protestants tentèrent
d’assiéger Paris. Les catholiques furent vainqueurs à Saint-Denis et la paix de Longjumeau mit fin
à la guerre en mars 1568.


En mai 1568, une 3ème guerre éclata. Les protestants tenaient notamment à La Rochelle,
dominaient la Saintonge, le Poitou et la Touraine. Ils assiégèrent même le château de Champignysur-Veude, situé en Indre-et-Loire, à une cinquantaine de kilomètres de Loches. Ils furent ensuite
battus à Jarnac et à Moncontour, mais la paix de Saint-Germain signée en 1570 leur fut malgré
tout favorable, dans la perspective d’une politique de conciliation à laquelle participa également le
mariage de Madame, la sœur du roi, Marguerite de Valois (la reine Margot) le 18 août 1572 avec
Henri de Navarre, futur Henri IV, élevé dans la religion protestante. Cependant, les catholiques
étaient mécontents, et l’influence des Guise grandissait ; Catherine de Médicis obtint donc du roi
l’exécution du massacre de la Saint-Barthélémy, qui eut lieu à Paris dans la nuit du 23 au 24 août
1572, et se poursuivit en province dans les semaines qui suivirent.
Charles IX épousa Élisabeth d’Autriche, fille de l’empereur Maximilien II et de Marie
d’Autriche en 1570. Quand il est question de la Reine, il s’agit donc de la mère du roi.


h. Le « premier Prince du Royaume » est le duc d’Anjou, frère cadet du roi, futur Henri III.


i et j. La famille de Montpensier est de la lignée des Bourbons. Elle occupe un rang très élevé (voir
l’incipit : « le prince de Montpensier, que l’on appelait quelquefois le Prince Dauphin »).


B. Réalités et mœurs de la Renaissance
a. Les titres mentionnés sont ceux de duc, marquis, comte, prince, et prince dauphin (titre
habituellement donné aux aînés des enfants de France, qui s’explique ici par le fait que la mère du
prince était dauphine d’Auvergne). Il n’y a pas en théorie de hiérarchie dans les titres de la
noblesse médiévale. Prince est une catégorie à part. Amiral est un titre militaire, de grand officier
de la couronne, commandant en chef de l’armée navale (d’après Furetière). Un cardinal a une
place très importante dans la hiérarchie catholique. Une maison est une famille, une dynastie.


b. Sont ainsi désignés les membres de l’entourage, à cheval, qui servent d’escorte et d’assistance.
Un gentilhomme ne se déplace jamais seul, d’autant plus que les voyages sont souvent très longs.
« Ses femmes » désigne les femmes de l’entourage de la princesse, dames de compagnie,
servantes.


c. Le valet de chambre est un domestique attaché à au service d’une personne. On le voit, dans
le film, dormir au pied du lit de son maître, ce qui est suggéré par la nouvelle.


d. Des chevaux de main sont des chevaux conduits par la main, des chevaux de secours en
quelque sorte. La voiture de poste est la voiture qui assure les liaisons ordinaires d’un point à un
autre pour le courrier.


e. Loches se trouve à une cinquantaine de kilomètres de Champigny – une distance qu’un bon
cavalier peut couvrir en une journée.


f. Il s’agit d’un gentilhomme spécifiquement chargé de ce message. Un bailli est un représentant
local du roi, qui a une fonction administrative, militaire et judiciaire.


g. Un billet est une courte missive. Le billet doux, ou billet galant, désigne un message d’amour.


h. Les deux époux, comme il est ordinaire, vivent dans deux parties séparées du château. Le
cabinet est un lieu d’intimité et de solitude. L’antichambre est une pièce qui donne accès à une
autre pièce.


i. La première cour (la cour des communs et des écuries, d’après une note de l’édition de La
Pléiade), le parterre (jardin garni de plates-bandes), le pont-levis, le parc, les murailles (avec des
brèches) sont cités – il s’agit d’un château fort rustique et ancien. Le petit passage, comme tout
recoin, est un lieu romanesque, cet édifice est propice aux intrigues !


j. Il s’agit d’une « entrée de Maures » – mot qui désigne au XVIe siècle les hommes noirs. C’est
une danse très codifiée, avec masques et costumes identiques pour tous les danseurs.


II. Sans dictionnaire : caractérisation des différents personnages amoureux de la
nouvelle
A. L’amour comme un mal qui provoque le trouble, et contre lequel la raison ne peut
lutter :
L’amour est d’emblée associé aux désordres politiques dans lesquels l’histoire s’inscrit. L’amour
est donc lié au trouble. Cela annonce la condamnation morale de la passion amoureuse,
lorsqu’elle n’est pas maîtrisée, mesurée. La passion pousse les différents personnages à sortir de
leur état raisonnable, à s’emporter et à se laisser gouverner par des sentiments irrépressibles,
rappelant l’influence janséniste de Mme de Lafayette, qui a fréquenté les salons parisiens et en
particulier celui de l’hôtel de Nevers, marqué par le jansénisme. Le duc de Guise, apprenant le
mariage de Mlle de Mézières avec le prince de Montpensier « s’emport[e] avec tant de violence »
qu’il naît entre les deux hommes une « haine […] qui ne finit qu’avec leur vie » (p. 9).

Le comte de Chabannes, après avoir réussi à réprimer ses sentiments amoureux pour la
princesse, devient « passionnément amoureux » d’elle (p. 11). Il est victime de sa propre passion
et ne peut lutter contre elle : « il ne put se défendre de tant de charmes », « quelque honte qu’il
trouva à se laisser surmonter, il fallut céder, et l’aimer de la plus violente et de la plus sincère
passion qui fût jamais. S’il ne fut pas maître de son cœur, il le fut de ses actions » (p. 11). Les
figures d’opposition (antithèses, concessions, parallélismes de construction) traduisent ce combat
intérieur, qui d’après la morale pessimiste inspirée du jansénisme, est perdu d’avance : « après
tous les combats […], il osa lui dire qu’il l’aimait » (p. 12). L’amour entre la princesse et le duc de
Guise est également présenté comme un combat perdu d’avance : « cette jalousie lui servait à
défendre plus opiniâtrement le reste de son cœur contre les soins du duc de Guise, qui en avait
déjà gagné la plus grande partie » (p. 26)
Le duc d’Anjou est, pour sa part, « touché du même mal que M. de Guise » (p. 19). L’amour
représente pour lui un danger potentiel : « sa vue lui pourrait être dangereuse s’il y était souvent
exposé » (p. 20). Lorsqu’il comprend la réciprocité de l’amour entre le duc de Guise et la
princesse, il en est « accablé » (p. 27).
Enfin, dans la scène de l’entrevue finale, le comte de Chabannes et le prince de Montpensier
sont possédés
« de rage et de fureur » (p. 40) : la jalousie les rend hors d’eux-mêmes.
Dans tous les cas, la simple vue de la princesse provoque l’amour et le trouble des hommes qui
l’entourent. Le champ lexical de la vue est omniprésent dans la nouvelle. Les amants expriment
leur amour par le regard mutuel qu’ils se portent, mais ils sont également observés dans ce milieu
de la Cour où le paraître a tant d’importance.
La princesse, quant à elle, n’est troublée que par le duc de Guise. Grâce à l’emploi du point de
vue interne, ou aux confidences que fait la princesse au comte de Chabannes, le lecteur partage
l’état intérieur de la princesse, et peut y voir la progressive victoire de la passion sur la vertu. Si la
raison l’emporte au début de la nouvelle (« la vertu se joignant à ce reste d’impression, elle n’était
capable que d’avoir du mépris pour tous ceux qui oseraient lever les yeux jusqu’à elle », p. 11 ;
« elle l’assura en même temps que rien ne pouvait ébranler la résolution qu’elle avait prise de ne
s’engager jamais », p. 19), c’est la passion amoureuse qui a finalement le dernier mot : « Malgré
toutes ces belles résolutions qu’elle avait faites à Champigny, elle commença à être persuadée de
sa passion, et à sentir dans le fond de son cœur quelque chose de ce qui avait été autrefois »
(p. 23). Le dilemme tragique entre passion et devoir s’oriente peu à peu vers le triomphe de la
passion. Le possible mariage entre le duc de Guise et Marguerite de Valois, sœur du roi, sert de
révélateur à la passion amoureuse qu’elle éprouve pour lui. Elle prend conscience de ses
sentiments et ne peut maîtriser sa jalousie et sa colère. Elle devient un personnage entièrement
gouverné par ses sentiments et non plus par sa raison. L’expression de sa colère conforte le duc
de Guise dans l’idée qu’il est aimé de la princesse. Il interprète correctement, il « entend » (p. 25),
c’est-à-dire qu’il comprend le mouvement de colère de Mme de Montpensier. Dans une sorte de
monologue intérieur, on peut déchiffrer le combat qui se joue dans l’âme de la princesse. Il y est
question de « nouvelles résolutions mais qui se dissipèrent dès le lendemain par la vue du duc de
Guise » (p. 26). Il est intéressant de noter que le verbe « se résoudre à » est employé par la
princesse pour lutter contre l’amour qu’elle ressent pour le duc de Guise, mais il est également
employé par le duc de Guise pour partager son amour avec la princesse. Il y a donc un combat de
résolution dans cette nouvelle. Enfin, la jalousie caractérise la princesse à deux reprises lors du bal
(p. 27 et 29). Après la révélation involontaire que fait la princesse de son amour pour le duc de
Guise au duc d’Anjou, ce dernier accable le duc de Guise en disant à la princesse qu’il la sacrifie à

Madame, sœur du roi. Elle ne se contrôle alors plus du tout, ce qui montre que la passion la
gouverne tout entière : elle lui fait « des reproches épouvantables », l’accuse « d’infidélité et de
trahison » (p. 30). On assiste à une véritable confusion des sentiments. L’adverbe « confusément »
est d’ailleurs employé à la page 30, et la princesse éprouve simultanément des sentiments
contradictoires : elle est « touchée de joie et de douleur » (p. 30) lorsque le duc de Guise annule
son mariage avec Madame et se résout à épouser la princesse de Portien, moins bon parti que la
sœur du roi, pour prouver son amour à la princesse de Montpensier. Avant la rencontre nocturne
que la princesse s’autorise avec le duc de Guise, elle est « pleine de sa passion » (p. 33). Enfin,
après le dénouement malheureux, « la raison lui revient » (p. 43).


B. Une typologie des amants :
 Le prince de Montpensier : le mari jaloux
- Un époux au sens juridique du terme : l’expression « en faisant épouser cette grande héritière »
(p. 8) laisse penser que le mariage est subi. Aucun sentiment n’est partagé par les deux époux.
Leur mariage est le fruit d’un arrangement entre leurs deux familles, comme en témoigne la
phrase où « les parents […] se résolurent de donner leur nièce au prince de Montpensier » (p. 8).
- Le comte de Chabannes comme entremetteur : le prince et sa femme ne cultivent aucune
relation commune. C’est le comte de Chabannes qui, à plusieurs reprises, sert d’intermédiaire
entre les deux époux, vantant les mérites de l’un auprès de l’autre, et vice et versa. À son retour
de la guerre, M. de Montpensier s’enquiert auprès du comte de Chabannes de l’humeur de son
épouse. C’est à travers le rapport que lui en fait le comte qu’il connaît sa femme, ne l’ayant pas
fréquentée pendant deux ans (« lui demanda confidemment des nouvelles de l’humeur et de
l’esprit de sa femme, qui lui était quasi une personne inconnue par le peu de temps qu’il avait
demeuré avec elle », p. 13). Le comte favorise les relations entre le prince et la princesse, alors
même qu’ils tendent naturellement à se disputer. Ainsi, il travaille à créer entre eux une « parfaite
intelligence » (p. 14). De même, après la visite du duc d’Anjou et du duc de Guise à Champigny et
la colère du prince de Montpensier, c’est lui qui réconcilie les deux époux (p. 21).


- Le jaloux : il est écrit à plusieurs reprises qu’il possède une « jalousie naturelle » (p 12 et 16). Quand il rentre de la guerre, il découvre avec tristesse la beauté de sa femme. Il ne s’en réjouit absolument pas, prévoyant que cette beauté attisera la convoitise des autres hommes (« Il fut surpris de voir la beauté de cette princesse dans une si haute perfection, et, par le sentiment d’une jalousie qui lui était naturelle, il en eut quelque chagrin, prévoyant bien qu’il ne serait pas le seul à la trouver belle », p. 13). Lorsque Mme de
Montpensier invite le duc d’Anjou et le duc de Guise à Champigny, la jalousie de son mari
augmente : il est « mal content », il trouve « mauvaise » cette rencontre hasardeuse, ce qu’il a vu
lui « déplaîsait » (p. 20). Il en ressent une « jalousie si furieuse » (p. 20) qu’elle lui fait interpréter des
éléments passés : l’emportement du duc de Guise lors de son mariage avec la princesse était déjà
une preuve de son amour pour elle. Le propre du jaloux est bien de ressasser sans cesse le passé.
Le passage de la « jalousie naturelle » à la « jalousie furieuse » transporte la nouvelle vers la
tragédie. En effet, le passage du
dolor au furor est ce qui caractérise la tragédie antique. Lorsqu’il
interrompt l’aveu du duc de Guise à la princesse, il s’emporte « avec des violences
épouvantables » (p. 23). La gradation est alors très nette : la fureur s’est emparée du duc.
Dès lors, son tempérament se durcit : « n’étant plus maître de son inquiétude », il ordonne à sa
femme de rester cloîtrée à Champigny, rendant impossible toute entrevue avec le duc de Guise
(p. 32)


 Le duc de Guise : le chevalier impulsif
- Un amour mutuel : à l’opposé de ses relations avec le prince de Montpensier, celles que Mlle
de Mézières entretient avec le duc de Guise sont d’abord fougueuses, et surtout partagées.
L’association dans la même phrase, « en devint amoureux et en fut aimé » (p. 7), de l’actif et du
passif prouve que ces sentiments sont mutuels. De très nombreuses expressions mettent en relief
cet amour véritable, comme « il souhaitait ardemment de l’épouser » (p. 8). Le terme
« inclination », qui traduit un élan amoureux spontané et naturel, est employé à plusieurs reprises
pour évoquer l’attirance qu’éprouve la princesse pour M. de Guise (p. 11, 12, 18 et 21).
- Un personnage d’inspiration baroque : dès le début de la nouvelle, le mariage de la princesse
avec le prince de Montpensier provoque sa colère et une haine entre les deux rivaux : « affront
insupportable », ressentiment », « il s’emporta avec tant de violence », « une haine entre eux qui ne
finit qu’avec leur vie » (p. 8). Les hyperboles sont nombreuses, qui insistent sur cette rivalité
viscérale.
Cet amour est une véritable passion, qui provoque le trouble de chacun des personnages : lors
de leur rencontre pendant la promenade en barque, Mme de Montpensier, à la seule vue du duc
de Guise, éprouve « un trouble qui la f[ai]t rougir » (p. 17), le duc sent instantanément « réveiller
dans son cœur si vivement tout ce que cette princesse y avait autrefois fait naître » (p. 18). Après
cet épisode, la princesse avoue au comte de Chabannes qu’elle a « été troublée » (p. 21). Lorsque
le duc de Guise lui fait l’aveu de son amour, elle est « si surprise et si troublée » (p. 23). Les
adverbes d’intensité témoignent de l’évolution grandissante de son agitation.
Le duc ne parvient pas à contrôler sa passion et se rapproche en cela des personnages baroques.
Il devient progressivement « violemment amoureux » (p. 22), « cette passion […] si fort
augmentée », « sa violence », « je suis assez hardi pour vous adorer » (p. 22-23). Cette dimension
baroque du personnage est confortée lors de l’entrevue organisée chez la duchesse de
Montpensier, sœur du duc de Guise : puisqu’ils y sont seuls, le duc de Guise épanche ses
sentiments. Il a la joie « de se pouvoir jeter à ses pieds, de lui parler en liberté de sa passion »
(p. 31). Enfin, il s’éprend de la marquise de Noirmoutier avec la même « passion démesurée » que
celle qu’il avait éprouvée pour la princesse de Montpensier (p. 44).
La préciosité est visible dans les échanges amoureux : le mot « cœur » est employé
principalement pour caractériser, par métonymie, les sentiments mutuels qu’éprouvent la
princesse et le duc (« son cœur n’avait point changé », p. 19 ; le cœur de la princesse n’est pas en
reste : elle sent « dans le fond de son cœur quelque chose de ce qui y avait été autrefois », p. 23 ;
« elle ne put refuser son cœur à un homme qui l’avait possédé autrefois », p. 32). Dans la phrase
« leurs cœurs se remirent aisément dans un chemin qui ne leur était pas inconnu » (p. 25), l’emploi
du verbe pronominal traduit la réciprocité de leur amour.
Le cœur comme siège du sentiment amoureux n’est pas sans rappeler la Carte du Tendre chère
aux précieux. Il est d’ailleurs question de la « tendresse » et de la « délicatesse » des sentiments de
la princesse pour le duc (p. 33)
Le duc a le goût du secret il ne veut surtout pas dévoiler publiquement ses sentiments. Lorsque
le duc d’Anjou lui révèle ses sentiments pour la princesse et le questionne pour savoir s’il
n’éprouverait pas les mêmes que lui, il se tait. C’est d’ailleurs paradoxalement ce qui le pousse à
parler explicitement à la princesse, pour ne pas avoir à donner publiquement des preuves de son
amour : « il lui dit plusieurs fois, devant tout le monde sans être entendu que d’elle, que son cœur
n’avait point changé » (p. 19), « il lui était très important de ne pas découvrir son amour au
prince » (p. 19), « ce duc, qui commençait à se faire une affaire sérieuse de son amour, n’en voulut
rien avouer » (p. 20). Le paradoxe est visible dans l’expression « voulant, par plusieurs raisons,

garder sa passion cachée, il se résolut de la déclarer d’abord à la princesse de Montpensier, pour
s’épargner tous ces commencements qui font toujours naître le bruit et l’éclat » (p. 22). Après cet
aveu, il continue de lui donner « mille marques cachées de [s]a passion » (p. 23).
- Un chevalier épique : le duc de Guise s’inscrit dans la tradition des personnages masculins mis
en valeur par leurs exploits guerriers, tradition héritée du personnage épique du roman de
chevalerie. Son surnom « le Balafré » témoigne de son courage au combat. Sa renommée, rendue
publique, réjouit la princesse de Montpensier, qui ne l’en aime que plus. La nouvelle, ponctuée
d’événements historiques ayant trait aux guerres de Religion, met sans cesse en exergue les
prouesses du duc de Guise : « Ce fut dans cette guerre que le duc de Guise commença à avoir des
emplois fort considérables et à faire connaître qu’il passait de beaucoup les grandes espérances
qu’on avait conçues de lui » (p. 15).


 Le duc d’Anjou : le galant audacieux
Le duc d’Anjou, lui aussi, est caractérisé par ses exploits guerriers : « Le duc d’Anjou son frère,
qui fut depuis Henri III, y acquit beaucoup de gloire par plusieurs belles actions, et entre autres
par la bataille de Jarnac, où le prince de Condé fut tué » (p. 15).
Mais il est bien davantage un courtisan, et un homme de pouvoir, qui impose son autorité sur
tout son entourage. Dans la scène de rencontre en particulier, les mots appartenant au champ
lexical de la volonté sont nombreux : « donner ordre », « c’était lui qui devait être son amant »,
« voyant Mme de Montpensier si belle, et cette aventure lui plaisant si fort, il se résolut de
l’achever » (p. 17). À la cour, à Paris, le duc d’Anjou la « sui[t] continuellement ». L’énumération
de « tous les lieux où il la pouvait voir », « chez la reine sa mère et la princesse sa sœur » montre
sa ténacité (p. 24). Le terme amoureux qui est le plus associé au duc d’Anjou est le mot
« sentiments », assez neutre, dont l’emploi se justifie sans doute par le fait que Mme de
Montpensier ne répond absolument pas à ses avances. Leur première rencontre est biaisée par la
présence du duc de Guise, elle le traite ensuite avec « une rigueur étrange » (p. 24)
Lors de la scène du bal, lorsqu’il comprend qu’il a un « rival aimé », sa fierté est piquée à vif et il
fait instantanément ses adieux définitifs à la princesse, avec la volonté de salir le duc de Guise. La
facilité avec laquelle il parvient à se dégager des sentiments amoureux prouve qu’ils étaient sans
doute assez peu profonds. Il s’agissait vraisemblablement d’une « galanterie », terme qui, au
XVIIe siècle est utilisé autant en bonne part qu’en mauvaise part. Le duc d’Anjou est présenté
comme étant « fort galant » (p. 19). Dans le dictionnaire d’Antoine Furetière, le terme « galant »
se dit « d’un homme qui a l’air de la Cour, les manières agréables, qui tâche à plaire, et
particulièrement au beau sexe ». « On dit aussi qu’un homme est galant pour dire qu’il est habile,
adroit, dangereux, qu’il entend bien ses affaires ».
 

Le comte de Chabannes : le confident amoureux
- Un amant courtois et élégiaque: le comte de Chabannes est d’abord un amant fidèle et
passionnément amoureux de la princesse. Sa courtoisie lui fait taire sa passion. Il est représentatif
en cela de l’amant courtois et précieux: il ne veut pas brusquer la princesse, respecte les codes de
la bienséance et souhaite conserver sa réserve: «personne ne soupçonna son amour. Il prit un
soin exact pendant une année entière de le cacher à la princesse, et il crut qu’il aurait toujours le
même désir de le lui cacher» (p. 10). Néanmoins, la passion prend le dessus chez lui aussi, et il
ose déclarer ses sentiments à la princesse. Devant son refus argumenté, il pense «mourir à ses
pieds de honte et de douleur» (p. 11), hyperbole caractéristique de la
fin’amor, de l’amour
courtois, hérité du Moyen-Âge, tradition romanesque que Mme de Lafayette reprend ici à son
compte.

Les termes les plus associés au comte de Chabannes sont «la passion» et «la douleur»: c’est
sans doute parce que c’est le personnage qui souffre le plus dans cette nouvelle. La princesse est
pour lui sa maîtresse, c’est-à-dire qu’elle le domine (rappelant ainsi la
domina de la poésie élégiaque
romaine) et lui demande de s’abaisser à faire n’importe quel sacrifice. Il se laisse «tourment[er]
incessamment
» par la princesse qui lui parle du duc de Guise, oubliant qu’elle s’adresse à un de
ses amants (p. 34). Il est totalement soumis au bon vouloir de la princesse, ce que Mme de
Lafayette, qui se fait alors moraliste, traduit par la maxime: « L’on est bien faible quand on est
amoureux » (p. 35).
- Le confident tragique : il est à ses dépens le confident de la princesse qui lui avoue son
inclination pour le duc de Guise. Il constate les progrès de l’amour dans le cœur de la princesse,
et les efforts qu’elle fait pour lutter contre cette passion. Si la vertu et la résolution de ne jamais
céder aux avances du duc de Guise l’emportent au début, progressivement, la passion amoureuse
prend le dessus. C’est grâce à ces échanges entre la princesse et le comte de Chabannes que le
lecteur peut saisir l’évolution de l’état intérieur de la princesse de Montpensier.
En tant que héros tragique, il parvient à rester maître de sa passion, au prix d’efforts
incommensurables : «il était si absolument maître de lui-même, qu’il lui cacha tous ses
sentiments» (p. 33). Sa passion extraordinaire produit «l’effet du monde le plus extraordinaire,
car elle le f[ai]t résoudre de porter à sa maîtresse les lettres de son rival» (p. 33). C’est également
lui qui organise l’entrevue finale qui a lieu entre le duc de Guise et la princesse. Il se sacrifie par
amour, sauvant l’honneur du duc de Guise. L’issue est doublement tragique: après s’être déclaré
coupable, voire «criminel» (p. 41), il est assassiné brutalement, en tant qu’ancien protestant
(p. 43).


C. Questionnaire de lecture
a.
Le portrait est superlatif et élogieux, le rythme ternaire fait entendre la perfection de la
princesse. La beauté et l’esprit du personnage semblent annoncer son succès, tandis que sa vertu
permettra de montrer le caractère inévitable des ravages de la passion amoureuse. Une personne
plus faible ou immorale aurait laissé envisager la possibilité de lutter contre ses passions, à
condition d’être plus vertueux. Ce n’est pas le cas ici.

 b. Par ordre d’apparition :
- Guise : il est ardent, violent, excessif, a beaucoup d’esprit, une ambition grandissante, et
appartient à une famille puissante, mais qui doit parfois céder.
-
Montpensier : son portrait est fait en creux, par le biais de son amitié indéfectible pour
Chabannes, qui ne peut faire de lui un personnage négatif.
-
Chabannes : il est en position d’infériorité par sa disgrâce initiale, par son rang inférieur,
l’absence de renommée et de gloire, contrairement à Guise notamment ; il est qualifié de
« sensible », a « l’esprit fort sage et fort doux » (p. 10).
-
Anjou : il a le rang le plus élevé et donc le plus de pouvoir ; cela ne l’empêche pas d’être
impuissant en amour, mais il compense cela par une capacité de nuisance importante (voir son
intervention contre Guise auprès du roi). Il est aussi ardent que Guise, mais moins impulsif, il
maîtrise l’art de « la dissimulation, qui lui était naturelle » (p. 27).
Alors que Chabannes fait tout pour éviter la brouille entre les deux époux, Anjou se venge de
Guise en s’efforçant de le brouiller avec la princesse, par la calomnie.


c. Les différentes scènes d’aveu :
- Le comte de Chabannes avoue la passion amoureuse qui le dévore à la princesse de
Montpensier: « L’amour fit en lui ce qu’il fait en tous les autres : il lui donna l’envie de parler […]
il osa lui dire qu’il l’aimait » (p. 12).
- La princesse avoue son amour pour le duc de Guise au comte de Chabannes. Cet aveu,
exprimé à plusieurs reprises par des discours rapportés, est donc indirect, en cela qu’elle n’avoue
pas ses sentiments à la personne concernée. La bienséance est sauve : « La confiance s’augmenta
de part et d’autre, et à tel point du côté de la princesse de Montpensier qu’elle lui apprit
l’inclination qu’elle avait eue pour M. de Guise, mais elle lui apprit aussi en même temps qu’elle
était presque éteinte » (p. 11) ; « elle lui reparla, quand l’occasion en fit naître le discours, de
l’inclination qu’elle avait eue pour M. de Guise, et la renommée commençant lors à publier les
grandes qualités qui paraissaient en ce prince, elle lui avoua qu’elle en sentait de la joie, et qu’elle
était bien aise de voir qu’il méritait les sentiments qu’elle avait eus pour lui » (p. 12-13) ; « Il ne put
s’empêcher de lui demander l’effet qu’avait produit sur elle la vue du duc de Guise. Elle lui apprit
qu’elle en avait été troublée, par la honte de l’inclination qu’elle lui avait autrefois témoignée ;
qu’elle l’avait trouvé beaucoup mieux fait qu’il n’était en ce temps-là, et que même il lui avait paru
qu’il lui voulait persuader qu’il l’aimait encore, mais elle l’assura en même temps que rien ne
pouvait ébranler la résolution qu’elle avait prise de ne s’engager jamais » (p. 21) ; « Mais quel fut
son étonnement et sa douleur quand il trouva que cette impatience n’allait qu’à lui conter qu’elle
était passionnément aimée du duc de Guise et qu’elle ne l’aimait pas moins ! Sa douleur ne lui
permit pas de répondre ; mais cette princesse, qui était pleine de sa passion et qui trouvait un
soulagement extrême à lui en parler, ne prit pas garde à son silence, et se mit à lui conter jusques
aux plus petites circonstances de son aventure et lui dit comme le duc de Guise et elles étaient
convenus de recevoir leurs lettres par son moyen » (p. 31).
- Le duc d’Anjou avoue son amour pour la princesse au duc de Guise, dont il ne sait pas qu’il
est son rival : « Le duc d’Anjou lui avoua qu’il n’avait encore rien vu qui lui parût comparable à la
princesse de Montpensier et qu’il sentait bien que sa vue lui pourrait être dangereuse s’il y était
souvent exposé » (p. 18).
- Le duc de Guise avoue son amour à la princesse, dans le but de garder leur amour secret. Cet
aveu est donc explicite et intéressé: «Le duc se résolut de prendre ce moment pour lui parler, et,
s’approchant d’elle: «Je vais vous surprendre, madame, lui dit-il, et vous déplaire en vous
apprenant que j’ai toujours conservé cette passion qui vous a été connue autrefois, et qu’elle est si
fort augmentée, en vous revoyant, que votre sévérité, la haine de M. le prince de Montpensier et
la concurrence du premier prince du royaume ne sauraient lui ôter un moment de sa violence»
(p. 22-23).
- La princesse avoue implicitement son amour au duc de Guise par la colère qu’elle lui témoigne
lorsqu’elle apprend qu’il hésite à se marier avec Madame, sœur du roi : « un jour que le duc de
Guise la rencontra chez sa sœur un peu éloignée des autres et qu’il lui voulut parler de sa passion,
elle l’interrompit brusquement et lui dit d’un ton qui marquait sa colère : “Je ne comprends pas
qu’il faille, sur le fondement d’une faiblesse dont on a été capable à treize ans, avoir l’audace de
faire l’amoureux d’une personne comme moi, et surtout quand on l’est d’une autre au su de toute
la cour.” Le duc de Guise, qui avait beaucoup d’esprit et qui était fort amoureux, n’eut besoin de
consulter personne pour entendre tout ce que signifiaient les paroles de la princesse » (p. 24-25).
- La princesse avoue involontairement son amour pour le duc de Guise au duc d’Anjou. Les
masques cachant l’identité des protagonistes lors du bal, la princesse se méprend, ce qui
provoque un quiproquo: «elle crut que c’était encore le duc de Guise et, s’approchant de lui :

“N’ayez des yeux ce soir que pour Madame, lui dit-elle ; je n’en serai point jalouse ; je vous
l’ordonne, on m’observe, ne m’approchez plus.” Elle se retira sitôt qu’elle eut achevé ces paroles
et le duc d’Anjou en demeura accablé comme d’un coup de tonnerre. Il vit dans ce moment qu’il
avait un rival aimé. Il comprit par le nom de Madame que ce rival était le duc de Guise » (p. 25).
- Enfin, lors de leur entrevue chez la duchesse de Montpensier, le duc de Guise et la princesse
s’avouent mutuellement et explicitement leur amour. Ils comprennent la méprise qui a eu lieu lors
du bal et se réconcilient.
Ces scènes d’aveux plus ou moins volontaires, directs ou indirects, ne sont pas sans rappeler les
aveux qui ont lieu dans
La Princesse de Clèves : le duc de Nemours surprend ainsi Mme de Clèves
en train d’avouer son amour à son mari. Il comprend alors qu’il est amoureux d’elle. Dans le
tome III, il l’observe, toujours sans être vu, en train de regarder rêveusement un tableau sur
lequel il figure, jouant avec des rubans jaunes, couleur qu’il arborait lors du tournoi.
Implicitement, cette scène est un aveu de l’amour qu’elle lui porte. Enfin, ils s’avouent
mutuellement et explicitement leur amour dans le tome IV, mais ce n’est qu’après avoir pris la
décision de se retirer du monde que Mme de Clèves se permet d’avouer ses sentiments. Elle est,
contrairement à la princesse de Montpensier, un modèle de vertu. Dans
La Comtesse de Tende, la
comtesse avoue à son époux sa trahison dans une lettre, alors même qu’elle est enceinte et après
la mort de son amant. Elle meurt à son tour en mettant au monde un enfant qui ne vivra pas.


d. Le premier sacrifice est celui de Mlle de Mézières, qui finit par accepter le mariage qu’on lui
propose. Cela est véritablement présenté comme un sacrifice à la vertu, en raison du danger
« d’avoir pour beau-frère un homme qu’elle eût souhaité pour mari » (p. 8). La femme est la
première sacrifiée. Suivent Chabannes et Guise. Ce dernier finit par renoncer à l’union
avantageuse avec Madame, il sacrifie son élévation sociale à son amour, en un mouvement
impulsif (« à l’heure même », p. 28). Le sacrifice de Chabannes est de tous les instants, dans
chaque parole retenue, dans chaque élan de désintéressement ; sa fuite désespérée en est le point d’orgue.

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