Tout d'abord , il conviendrait de préciser que le prénom « Boris » est d'origine slave, il est un dérivé du prénom Borislav, qui signifie « le combattant ». Autant dire que le choix de ce prénom est plutôt surprenant, même ironique compte tenu de la personnalité de ce jeune garçon . En effet, Boris a une personnalité très complexe, peu facile à analyser. Il représente la figure du bâtard malheureux. Notons également qu'il s'adonne à des rituels peu conventionnels, symptômes parmi d'autres de son malheur. Il est en prise à des crises phobiques, à des crises d'angoisse et surtout à l'onanisme, attitude jugée honteuse et maladive à cette époque. C'est un personnage influençable qui aura une fin malheureusement et violente. Boris est donc un personnage qui se démarque fondamentalement des autres. Nous pourrions alors nous demander: Comment André Gide a-t-il fait de Boris, une représentation tragique de l'enfance et de l'adolescence ? Dans un premier temps, nous observerons Boris comme un personnage au destin funeste, puis nous analyserons son histoire inspirée de faits divers et personnels.
Boris apparaît pour la première fois dans le chapitre deux de la deuxième partie du livre. C'est un personnage important jusqu'à la fin du roman. Dans Les faux-monnayeurs, André Gide propose plusieurs visions de l'enfance et de l'adolescence. Boris est l'une de ces visions la plus tragique. Premièrement, il est issu de parents qui l'ont abandonnés. Le fils de La Pérouse prend pour maîtresse l'élève russe de son père, qui est professeur de piano. Alors qu'elle était tombée enceinte, ils décident de partir en Pologne, où son père décède. Sa mère devient pianiste et chanteuse dans des concerts et casinos où l'ambiance fait dériver Boris, cet univers contribue à son déséquilibre et à la naissance de ses troubles, de ses tics et de ses manies, qui le rendent nerveux : « L'atmosphère factice du théâtre a beaucoup contribué à déséquilibrer cet enfant », dit Madame Sophroniska. Quand sa mère s'en rend compte, elle l'envoie en Suisse, auprès de Madame Sophroniska. Boris pense que ses pratiques onanistes ont participé à la mort de son père, à cause du talisman. La responsabilité de la mort de son père est la source de ses troubles. C'est ensuite Édouard qui ramène Boris à son grand-père, Anatole de La Pérouse, devenu dépressif depuis la mort de son fils. Son grand-père trouve qu'il montre très peu ses sentiments, qu'il est introvertie. Boris est un enfant timide et influençable, il se fait souvent avoir par les autres. Durant son séjour, il fait la connaissance de la fille de la doctoresse, Bronja. C'est une jeune fille « pure », qui ressemble à un ange, dont il est amoureux. Puis, il fait la connaissance d'Édouard, qui après s'être entretenu avec Sophroniska, obtient l'accord pour le ramener à Paris, auprès de son grand-père. Madame Sophroniska est une psychanalyste qui essaye de guérir Boris de ses troubles. Elle va d'ailleurs lui prendre le talisman que lui avait donné Batistin Kraft pour « faire de la magie », pour découvrir son secret. Cependant, en le confiant à Strouvilhou, elle le condamne. Parce que Strouvilhou va à son tour le remettre à son cousin, Ghéridanisol. Quand Boris arrive à la pension, c'est le commencement de la fin. Il est terrifié par ses camarades, il se sent gêné et inférieur aux autres : « parmi les autres, il avait l'air d'une fille, le sentait et s'en désolait ». Quand il apprend la mort de Bronja, par Madame Sophroniska, il est désespéré. Il a tout perdu. Il rejoint alors La Confrérie des Hommes forts car il se sent seul, confrérie où il se fera manipulé et où Ghéridanisol sera le principal fautif de son suicide. Comme la bande de garçon ne pouvait plus s'amuser à vendre de la fausse-monnaie, il fallait trouver une autre occupation. Ils ont donc créé un groupe : La Confrérie des Hommes forts, dans lequel : « L'homme fort ne tient pas à la vie ». Ils signèrent tous les trois sur une feuille: Phiphi, Georges et Ghéri. Au départ, cette confrérie n'existait que pour ne pas y admettre Boris. Mais Ghéri ne voulait pas en rester là, il voulait Boris, pensant que cette confrérie pourrait le pousser à commettre des actes monstrueux par pur engagement. Il était convenu que Georges devait gagner la confiance de Boris pour le pousser à entrer dans la bande. Par plaisir de ne plus se sentir tout à fait seul, Boris accepta d'y entrer. Il était convenu que tous les membres devraient participer à une épreuve, par un tirage au sort, mais que celui-ci ne pourrait désigner que Boris. Cette épreuve, consistait à honorer le slogan de la confrérie. Le garçon désignait devrait, dans la salle d'étude, à six heure moins cinq, avant que les élèves ne partent, se coller un pistolet sur la tempe et tirer à vide. Bien entendu, tout le monde voulait seulement coller la frousse à Boris. Mais Ghéri en décida autrement, en laissant l'unique balle que La Pérouse avait pris soin de mettre dans le pistolet, quand il voulait se suicider. Boris meurt en « jouant », la caractéristique même de l'enfance.
Pour l'histoire de ce personnage, André Gide s'inspire de l'affaire du suicide de lycéens à Clermont-Ferrand en 1909. Ce suicide, Gide le transforme en un petit jeu malsain dans la pension Vedel, dans la troisième partie. Ce « jeu » implique Ghéridanisol, le cousin de Victor Strouvilhou, Philippe Adamanti ou Phiphi, le fils du sénateur, et Georges Molinier, le frère d'Olivier. Nous pourrions même y voir une reproduction de la propre situation infantile de Gide, exposée dans Si le grain ne meurt. Il y a une partie de Gide dans le personnage de Boris, un Gide brisé dés l'enfance, interdit de littérature, ne pouvant s'épanouir... Ainsi, Gide avait été voir un précepteur étant petit. Il était également atteint d'onanisme : Il s'était fait exclure de son école à cause de ça. De plus, il a perdu son père très tôt, comme Boris. Et puis, Boris lui rappel son ami d'enfance, avec qui il était très proche, Emiel Ambresin, qui s'est suicidé.
Gide, par son enfance et son adolescence, sait à quel point cette phase de la vie est cruciale. Boris représente cette phase, plus que n'importe quel personnage. En lui, Gide transmet de ses souvenirs les plus lointains, ceux qu'il n'oubliera jamais. Il inclus aussi son meilleur ami, qu'il n'a jamais pu oublier. Boris est la part sombre de l'enfance et de l'adolescence de Gide, ce qui fait de lui un personnage tragique, à la fin funeste.