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Attention, il ne s'agit en rien d'un exercice complet ou à recopier bêtement.

 

Introduction : Quotidiennement nous usons d’expressions familières pour parler de notre rapport à autrui : par exemple, on parle « d’atomes crochus », « d’âme-soeur », ou encore on s’exclame : « Mets, rends-toi compte, mets toi un peu à sa place ! » Nous employons ce genre d’expressions sans réfléchir, comme si elles allaient de soi. Cependant, quand on dit qu’il « faut se mettre à la place d’autrui », est-ce seulement possible ? « Se mettre à la place » d’autrui ne serait-ce pas une imposture de l’imagination, un mirage de l’intellect ?

 

Première Partie : Il n'est pas réellement possible de se mettre à la place d'autrui

Premier argument : On ne peut se mettre à la place d’autrui, car chaque conscience est engoncée dans son propre moi et dans sa propre chair.

Chaque conscience est unique et ne communique pas de manière télépathique avec autrui. Nous n’avons pas accès directement à la conscience d’autrui, s’il ne nous parle pas, nous ne pouvons savoir ce qu’il pense, ce qu’il veut. L’autre peut très bien nous dissimuler ce qu’il pense dans son for intérieur. Cette solitude de chaque conscience, eu égards aux autres, c’est ce qu’on appelle le solipsisme. Le solipsisme, c’est la doctrine qui soutient que le sujet pensant n’a pas d’autre réalité que lui-même, puisqu’il ne peut lire dans l’âme d’autrui « comme dans un livre ouvert », mais que par l’intermédiaire de signes extérieurs (gestes, regards, tonalité de la voix, paroles, façon de s’habiller…). A partir de ces éléments externes, je peux en déduire « à peu près » les intentions et le caractère de l’autre. Mais comme chaque personne est enfermée dans son propre moi, dans sa propre chair ; il est impossible de véritablement se mettre à la place de l’autre.

Deuxième argument : Ce qui montre aussi que l’on peut très difficilement se mettre à la place de l’autre ; c’est que chaque être humain a tendance à être naturellement égoïste et pense à lui avant de penser aux autres.

Cette tendance est irrécusable et indéfectible, parce que comme l’a montré Schopenhauer dans ses Aphorismes et Maximes ; s’il y a bien quelque chose d’impossible, c’est de s’oublier complètement au profit des autres. Mais comme les individus vertueux ne peuvent que rarement être dans la totale abnégation d’eux-mêmes ; les situations où l’instinct de survie resurgit montrent bien cet égoïsme viscéral et inhérent à la nature humaine. Prenons par exemple le cas d’un mouvement de panique dans une foule qui manifeste et qui se met à fuir les forces de l’ordre. Cela devient une « course-poursuite » et « chacun pour soi et Dieu pour tous ».
Prenons encore une autre situation extrême, un bateau qui coule comme le Titanic, les gens se sont presque entre tués pour monter dans les canots de sauvetage. Et comme nous pouvons tout oublier sauf nous-même ; l’amour de soi est plus important que l’amour pour autrui. Ainsi Schopenhauer déclare : « 
La plupart des hommes sont tellement personnels qu’au fond rien n’a d’intérêt à leurs yeux qu’eux-mêmes et exclusivement eux »(Aphorismes et Maximes). Sans cesse au cours des situations et des discussions que nous vivons se manifeste la « mesquine vanité »  de « tout un chacun », ou « l’orgueilleuse fierté » des âmes d’élite.



Deuxième Partie: Cependant, bien que cela soit très difficile, il est souhaitable que les êtres humains se mettent à la place des autres

Premier argument : « Se mettre à la place d’autrui » est essentiel pour aiguiser son sens moral.

Les individus qui justement ne se mettent jamais à la place d’autrui sont des monstres. « Se mettre à la place de l’autre » est une projection intellectuelle qui permet de développer des sentiments comme la sympathie, la pitié, mais aussi la compassion, la charité. « Pour se mettre à la place d’autrui », il faut de l’imagination et du cœur. D’ailleurs étymologiquement le mot compassion (cum patior en  latin) signifie « souffrir avec ». « Se mettre à la place d’autrui » s’illustre  dans des circonstances quotidiennes, par exemple, quand une jeune personne laisse sa place dans un transport en commun à une personne âgée, ou encore une personne handicapée. « Se mettre à la place d’autrui » en pensée ne demande pas un intellect exceptionnel. Ainsi observons-nous dans le règne animal déjà des manifestations de pitié et d’empathie. Par exemple, les chevaux se mettent souvent à se cabrer plutôt que d’écraser un corps humain qui se tient allongé sur leur passage. Cette répugnance spontanée des chevaux pour ne pas piétiner des malheureux illustre bien que les sentiments d’empathie et de pitié sont assez instinctifs.
Ainsi la pitié peut s’exprimer dans des réactions non réfléchies et immédiates comme par exemple, lors d’une guerre, quand un soldat se met à tirer sur un blessé qui hurle de douleur. On pourrait croire, au premier abord, que le soldat n’a aucune pitié puisqu’il achève l’autre. Mais ce n’est qu’une apparence, l’individu qui tire dans cet type de situations, veut quelque part venir en aide à la personne qui souffre pour abréger ses souffrances. En pensée, le tireur se met à la place de l’autre, et juge de manière spontanée que la souffrance de l’autre est inhumaine, insupportable et donc qu’ il faut l’aider à passer de la vie à la mort.
Il semble donc que se mettre à la place de l’autre soit un processus assez naturel à la nature humaine. « Ne jamais se mettre à la place d’autrui » en pensée est donc a contrario le signe d’une nature humaine corrompue et mauvaise.
Spontanément , du fait de l’instinct grégaire, les êtres humains seraient plutôt portés à la bienveillance qu’au rejet d’autrui. « Se mettre à la place d’autrui » en pensée serait donc à l’origine du sens moral en tout être humain. D’ailleurs, la base de la morale, « c’est de ne pas faire à autrui ce qu’on aimerait pas qu’on nous fasse ».

Deuxième argument : « Se mettre à la place d’autrui » en pensée serait donc moins difficile qu’il n’y paraît au premier abord. Cependant, « se mettre à la place d’autrui » non plus seulement en pensée, mais physiquement, c’est un acte de sainteté.

Si « se mettre à la place d’autrui » de manière physique et plus seulement en pensée est un acte de sainteté, cela sera dans les faits, un acte exceptionnel. Par exemple, lors de la seconde guerre mondiale, un prêtre dénommé Maximilien Kolbe se mit physiquement à la place d’un père de famille de cinq enfants lors d’une exécution de prisonniers dans le camp de concentration d’Auschwitz. Le prêtre offrit sa vie en échange d’un autre, autrement dit, il se sacrifia. Ce prêtre jugea, en effet, que lui n’ayant pas de famille à charge, il devait donc céder sa place à ce père de famille pour que les enfants ne deviennent pas orphelins.
Dans ce cas de sainteté héroïque, on a une abnégation hors du commun des mortels. Il est bien évident que dans les mêmes circonstances, la plupart des êtres humains à 99,99%, ne se seraient pas sacrifiés pour l’autre. Autrement dit, nous pouvons conclure que « se mettre à la place » d’autrui en pensée est assez courant et à peu près faisable pour tout le monde. Par contre, « se mettre à la place de l’autre », non plus seulement en pensée, mais physiquement est quasiment impossible. Un tel don de soi n’existe d’ailleurs que dans des contextes religieux. Car se mettre à la place d’autrui physiquement, et plus seulement en pensée, n’est pas par contre, naturel à l’être humain. Seule la foi et la croyance en Dieu peuvent pousser un être humain à une telle charité.

Conclusion: « Se mettre à la place » de l’autre en pensée est donc à la portée de tout un chacun, avec de la bonne volonté. Seulement il existe un sentiment supérieur dans la nature humaine, c’est le sentiment amoureux. Dans la passion de l’amour, on ne veut plus seulement « se mettre à la place de l’autre », mais être en fusion avec l’autre, « ne faire plus qu’un », reconstituer l’unité originelle de l’être avant la création du monde.
Ainsi, dans le Banquet de Platon, le poète Aristophane a recours à un mythe pour expliquer le sentiment amoureux. Selon lui, à l’origine des temps, les êtres humains étaie
nt rattachés en couple ; seulement ils étaient tellement fiers qu’ils décidèrent de défier Zeus. Zeus, pour les punir, coupa cette unité originelle ; et  c’est depuis ce châtiment divin, que les êtres humains par l’amour aspirent à retrouver « leur moitié », leur « âme soeur ». Dans l’amour, on ne se met plus à la place de l’autre, on se fond dans l’autre.

 

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