Attention, il ne s'agit en rien d'un exercice complet ou à recopier bêtement.
I. Oui, le bonheur se mérite dans la mesure où le bonheur = une fin suprême = la récompense d'une vie vertueuse.
1) Le bonheur a pour condition de possibilité, donc pour cause et pour critère une vie raisonnable. Par exemple, dans le stoïcisme, pour qui le bonheur est le souverain bien, c'est à dire la plus haute fin de la vie, vivre raisonnablement, c'est à dire accepter les choses qui ne dépendent pas de nous et qui nous affectent (c'est à dire l'ordre de la nature) est récompensé par le bonheur. De même, la pensée chrétienne pose que si l'on vit selon la chair (concupiscence, corps, désirs...) on sera voué au malheur, à la damnation, tandis que si l’on vit selon l'esprit (mortification de la chair) notre récompense sera le bonheur, c'est à dire l'élection.
2) Ainsi, le bonheur dépend de notre volonté, donc de nos choix, de notre liberté, on en est responsable, puisque cela dépend de nous d'agir de façon raisonnable ou non. Donc le bonheur fait bien figure de récompense.
3) Cependant, tout ceci suppose que nos résolutions et nos actes ne soient pas empêchés par de quelconques obstacles. Donc, le bonheur a aussi sa part de hasard, de contingent, et ne peut pas faire complètement figure de quelque chose qui s'acquiert intégralement par l'obéissance à des critères précis que l'on se donne. Autrement dit, l'accès au bonheur ne dépend pas intégralement de nous, mais aussi de la chance (d'où l'étymologie du mot bonheur)
II = Le bonheur ne peut-être une récompense dans la mesure où il ne repose en réalité sur aucun critère. Aucune norme de vie ne peut assurer que si on la respecte on sera heureux.
1) Le bonheur peut exister chez quelqu'un qui mène une vie ne méritant pas le bonheur comme récompense. Ainsi, certains peuvent être heureux sans être bons, moraux, justes. On dit souvent de certaines personnes : "il ne mérite pas d'être heureux" parce qu'il a mal agi. De même souvent on dit d’une personne qu’elle a tout pour être heureuse, et pourtant elle ne l’est pas. Donc le bonheur n’a pas de critères.
2) On ne peut planifier le bonheur, il est un état d'esprit. Ainsi l'optimiste vit bien, vit heureux, parce qu'il accepte plus aisément les mauvaises choses de la vie, que le pessimiste. Donc le bonheur est un sentiment intérieur, c'est quelque chose de subjectif, qui n'est en aucun cas méritoire (personne ne peut empêcher le méchant d'être heureux : Hitler éprouvait un plaisir sadique à tuer des Juifs...). Le bonheur est une manière d'être au monde.
3) De plus, penser le bonheur comme quelque chose qui se mérite = danger de tomber dans un manichéisme normalisateur, c'est à dire danger de catégoriser comme bons ou mauvais, méritant le bonheur ou non, tous nos actes. Donc par-là même, cela nierait toute spontanéité à nos vies, qui seraient de simples calculs pour obtenir cette fin précise qu'est le bonheur. Ce qui aboutit alors à l'idée d'une normalisation des vies, vies qui ne seraient plus individuelles et subjectives.
III. Le bonheur ne se mérite pas, c'est un idéal subjectif que l'on ne peut atteindre, mais vers lequel on ne peut que tendre.
1) Le bonheur est un idéal dans la mesure où tout homme a en lui le but d'être heureux. Autrement dit toute vie humaine est un art de vivre dans le but d'être heureux. On fait toujours tout dans ce but. Même les chrétiens qui se mortifient, le font, et souffrent, pour être heureux. Exemple plus évocateur : le sadisme sexuel a bien pour but une jouissance, un bonheur corporel qui passe par le mal, et parfois la pire des souffrances (cf Sade...).
2) Le bonheur est un idéal et ne peut se mériter dans la mesure où il est relatif selon les personnes, et n’a donc aucun critère universellement valable. Autrement dit son concept n'est pas universel (par exemple Saint Paul pense que se mortifier est la condition du bonheur, donc que le bonheur = une vie spirituelle en osmose avec Dieu, mais au contraire, le libertin pense que le bonheur c'est vivre par le plaisir du corps, quelles qu’en soient les conséquences, et donc il est amoral). Ainsi, pas de critère possible pour accéder au bonheur, donc c’est un idéal.
3) Un idéal aussi parce que même le bonheur que l’on se définit soi-même comme étant le bonheur n’est pas actualisable. Pas de bonheur actualisable au sens strict du terme “bonheur” où le bonheur (à la différence de la joie, qui est passagère, ou de la jouissance, du plaisir, de la satisfaction…) = état continuel de satisfaction. Or il y a toujours des choses négatives dans nos vies, qui font que la vie n’est pas un bonheur constant. Dans ce sens, on conclura comme Kant que le bonheur n'est qu'un "idéal de l'imagination" (Fondements de la métaphysique des moeurs).
Conclusion : Le bonheur ne se mérite pas, car pour qu’il se mérite, il faudrait qu’il soit le terme ou la conséquence d’actes précis faits en vue de l’obtenir, donc qu’il soit quelque chose qui s’acquiert par la simple volonté individuelle se soumettant à des normes précises en vue de l’obtenir. Or, plusieurs choses viennent contrer cette idée : d’abord, si l’on pense pouvoir obéir à des critères, il faut néanmoins composer avec la contingence qui pose des obstacles à nos intentions et nos actes : dans ce cas, le bonheur ne dépend pas que de nous, mais aussi du hasard (donc ce n’est pas qu’un acquis). Ensuite, on peut aussi réfuter l’idée que des critères au bonheur existent : dans la réalité, on s’aperçoit vite que des gens immoraux sont heureux, et que des gens qui ont tout pour être heureux sont loin de l’être. On pourrait donc dire du bonheur qu’il est avant tout un état d’esprit, une manière d’être au monde tout à fait perso (l’optimisme c/ le cynisme ou le pessimisme). On en arrive alors à l’idée que le bonheur ne peut se mériter dans la mesure où il est hautement subjectif, que son concept varie selon les individus, qu’il est un idéal non actualisable mais vers lequel on ne peut que tendre.
On conclura donc que le bonheur ne peut logiquement être pensé comme une récompense, et de plus que de manière axiologique (éthique), ne pas le penser comme un mérité permet de ne pas sombrer dans un manichéisme normalisateur qui ferait de toute vie un calcul, et qui mettrait donc en danger toute spontanéité et individualité de la vie humaine.