Attention, il ne s'agit en rien d'un exercice complet ou à recopier bêtement.
Introduction
1. Oui, la diversité des langues est un obstacle à l’entente entre les peuples.
A. Le barbare est celui qui ne parle pas ma langue.
Les Grecs appelaient « barbares » ceux qui ne parlaient pas la langue hellène. Ce simple fait, même s’il peut sembler anecdotique, n’en signale pas moins la difficulté qu’il y a à entrer en communication et en confiance avec celui qui ne parle pas la même langue que soi. Au fondement de la xénophobie est la différence qui s’exprime d’abord dans la différence de langue. Ne pas comprendre la langue de l’autre, c’est ne pas pouvoir savoir ce qu’il veut et ce qu’il veut dire, ce qu’il pense et ses dispositions à notre égard. De cette différence naît souvent la méfiance.
B. La diversité des langues sous le signe de la malédiction.
On peut ici se référer à la Bible et plus particulièrement au passage de l’histoire de Babel. La diversité des langues est une punition infligée par Dieu aux hommes trop vaniteux de Babel. La diversité des langues annonce donc le chaos, la fin d’un ordre et l’impossibilité de l’harmonie. Avec la diversité des langues naît le brouhaha dépourvu de sens.
C. La diversité des langues est une insulte à la fonction langagière.
Après avoir insisté ici sur la distinction entre langue et langage, on peut souligner le fait que l’existence de plusieurs langues différentes (qui sont pourtant les réalisations et les matérialisations du langage) empêche, pour une part au moins, la fonction langagière de se concrétiser. C’est donc le moyen du langage – la langue – qui entrave le langage et sa fonction de communication.
2. Non, la diversité des langues peut être surmontée.
A. La traduction comme dépassement de la diversité.
La diversité des langues n’empêche pas pour autant de communiquer. Toutes les instances internationales en sont d’une certaine manière la preuve. Puisque la langue est un code, il suffit de trouver les correspondances entre les différents codes qui existent pour retrouver l’unité du langage.
B. Les langues universelles.
Il suffit de considérer toutes les tentatives pour créer une langue universelle, de celles de Leibniz jusqu’à la création de l’espéranto et de tous ses concurrents (et ils sont nombreux), pour comprendre à quel point la question ici posée a été tout au long de l’histoire un réel souci d’ordre politique. L’établissement d’un code universel a souvent été envisagé comme le meilleur moyen de pacifier le monde. Il y a là une confirmation du fait que la diversité des langues est un obstacle à l’entente entre les peuples, mais, en même temps, il y a affirmation du fait qu’en remédiant à cette diversité on est en droit d’espérer la concorde. L’obstacle peut donc être envisagé comme surmontable.
3. Mais les remèdes à la diversité des langues ne sont peut-être que des pis-aller.
A. La langue n’est pas un code neutre.
Cependant, les remèdes envisagés pour réduire la diversité des langues ont quelque chose de naïf. La langue est certes le médium du langage, sa traduction, et il existe peut-être même, comme le prétend le linguiste Noam Chomsky, une grammaire universelle et donc commune à toutes les langues (une unité de toutes les langues est alors envisageable). Mais la langue en fait pas que réaliser le langage : la langue modèle aussi la pensée. On pense avant tout dans une langue (avant de penser avec le langage) et cette langue est faite de sons qui, par assonances, par jeux de mots, par contrepèteries même, si l’on veut, font résonner d’autres pensées que celles que la traduction prend en charge. Une langue est aussi le reflet et le ciment d’une culture particulière que la traduction ne peut pas toujours rendre pleinement.
B. La poésie échappe à la traduction.
Vouloir faire abstraction du « corps » du langage (on désigne par là la langue) en croyant que l’on peut en donner ainsi tout l’esprit, c’est faire preuve d’une inconséquence que la tentative de traduction de la poésie met au jour de manière flagrante. Comment traduire la phrase de Mallarmé : « Abolis bibelots d’inanité sonore » en une autre langue ? La chose est impossible puisque l’on perd le son qui fait le sens. L’exemple est paradigmatique : il ne cherche qu’à montrer qu’il y a toujours perte dans la traduction et que l’entente ne peut que s’en trouver faussée.
C. L’entente entre les peuples n’est possible que par l’assomption du fait que la diversité des langues constitue bien un obstacle.
Dire quelque chose dans une langue, ce n’est pas simplement exprimer une pensée qui pourrait se dire de toute autre manière. Dire est un acte, comme l’a montré John Austin, et les modalités de cet acte modifient parfois substantiellement le sens de ce dire. Aussi, si une entente entre les peuples est possible, ce n’est que par l’acceptation d’une différence irréductible de l’autre qui parle une autre langue (on pourrait dire de l’autre qui vit dans un monde différent parce que modelé et construit par une autre langue). En cette assomption de la différence se trouve peut-être l’unité du langage comme faculté libre d’exprimer librement une pensée.