D'un début de roman, on attend qu'il remplisse une fonction informative ( personnage, intrigue, cadre ), fonction séduction ( capter l'attention ).
Le premier chapitre des FM répond bien d'abord à cette double injonctions puisqu'on y apprend des choses: le cadre, personnages, début de l'intrigue.
Mais à y regarder de plus près, Gide ne veut pas écrire un roman comme les autres et on se rencontre que Gide se joue un peu de nous et demande à son lecteur de faire attention à certaines choses. Il se joue des conventions romanesques qui préside l'écriture de ce premier chapitre.
L'incipit de son roman a été réécrit au moins 3 fois et il choisit finalement de le faire débuter par une phrase peu naturel que le personnage de Bernard s’intéresse à lui-même.
I/ Un premier chapitre qui informe le lecteur mais qui se révèle ambigu
a) Des informations, certe, mais lacunaires
Qui ?
Bernard et sa famille: bourgeois
Olivier: discours intérieur puis présence en chair et en os
Dhurmer ( beau parleur, littérature réaliste ) et Lucien Bercail ( le poète )
La famille de Bernard est présentée certe mais avec la vision subjectif de Bernard? ( On les voit réellement au chapitre 2 ). Les autres personnages présentés avec beaucoup d'ironie.
Où et Quand ?
Juin ( bachot ), début été
Paris: Jardin de Luxembourg
Année 1908-1902 ( journaux d'av.guerre, Maurras )
--› Voilà un début qui demande la participation active du lecteur parce que Gide écrit dans son journal p.33: “ il veut que le lecteur fasse l'action de rétablir”.
“L'histoire requiert sa collaboration pour bien se dessiner”.
Spectateur critique
Gide manipule le lecteur. Beaucoup de choses prennent sens à la fin de la lecture du roman.
b) Des voix
On ne sait pas qui est l'instance narrative ( celui qui raconte l'histoire).
Différents voix narratives: Narrateur omniscient ( P 3 ), Narrateur au présent, première personne ( P1 )
Point de vue subjectif de Bernard, monologue intérieure.
Rappel
Subjectif: Sujet
Objectif: Objet
Ex: Un homme grand ( objectif: taille etc ) / Un grand homme ( subjectif: valeur etc )
Gide annonce là part ce brouillage énonciatif une des principales caractéristiques de son roman ( multiplication des points de vue, cf cours précédent ).
II/ Un début de roman qui se moque des débuts de roman.
a) On peut le considérer comme une parodie critique des conventions romanesques.
1ère phrase --› Bernard s'affiche comme un personnage qui exhibe la mécanique romanesque.
On ne nous dit pas que Bernard entend des pas dans le corridor mais que « c'est le moment de croire que j'entends des pas dans le corridor ».
Références évidents, exagérées, à des caractéristiques de « roman de genre ».
Le roman sentimental : la liasse de lettre cachées retenues par une « faveur rose ».
Le roman policier : Gide semble lancer une enquête sur ce mystérieux V ou N., le père de Bernard mais cette piste est une fausse piste que Bernard ne suit jamais.
Le roman picaresque : « fils d'un prince » + « fils d'un craquant ».
Gide jour avec les codes de 3 romans différents en quelques pages. Alors que ce roman n'est aucun des 3 → fausse piste.
Gide ironise sur les clichés romanesques qui correspondent au roman de genre. Il veut se débarrasser ces clichés. C'est d'ailleurs dans ces premières pages qu'il y a d'habitudes les plus grandes conventions/clichés.
b) S'agit-il d'un début de roman d'apprentissage ?
Bernard à 17 ans → va passer son bachot. Il découvre qu'il est bâtard. Il va devoir reconquérir son identité.
Détachement de sa famille / La traite avec distance et ironie. ( « Monsieur le juge d'instruction et Monsieur l'avocat son fils [ … ] vais lui signer mon départ )
Libéré de sa famille. Veut trouver son chemin. Va chez Olivier.
Amour sur toutes ses formes ( Laura ( platonique ), Sarah ( charnel ), Olivier ( trouble ).
Rencontre avec Edouard ( parent de substitution )
La transgression des codes romanesques que Gide met en place correspond à la transgression que Bernard porte quand il décide de rompre avec sa famille.
C'est comme si Gide romancier choisissait de rompre avec des Pères ( romanciers avant lui ) comme Bernard avec sa famille. Double transgression.
c) Un roman sur le roman ?
Un roman métapoétique ?
Gide s'amuse à pasticher ( imiter le style de quelqu'un ou quelque chose ) différents types de romans pour mieux nous faire réfléchir aux clichés qui régissent ce roman. L'artificialité du roman montre un travail réflexif.
2 personnages qui parlent de littérature: Dhurmer et Bercail.
Cette mise en abyme dans le roman, des personnages qui parlent de roman/littérature.
Dhurmer → réaliste
Bercail → avant-gardiste ( découvrir des choses neufs )
Dés le début de l’œuvre, il y a un acte de lecteur par Bernard où il découvre une vérité qu'il ignoré. C'est en lisant qu'on se détourne de la vérité.
Le meuble à tiroirs → roman à tiroirs → type de roman qui a plusieurs niveaux de lecture.
d) En quoi le premier chapitre illustre-t-il le titre de l’œuvre ?
Il n'est pas question de fausses-monnaies dans la premier chapitre. Le thème de la fausseté est abordé de manière métaphorique ( du faux pour du vrai →hypocrisie ). L'hypocrisie est partout dans ce premier chapitre à travers tout les personnages. Les relations humaines sont régies par la fausseté.
Par exemple, les gens mentent en parole et en attitude.
« sa joue en larme », « jouer un personnage ».
« Bernard affectait de ne chercher Olivier ».
« C'est le moment de croire » dans la première phrase. Jeu de duperie.
Notre rôle de lecteur c'est de déceler cette fausseté par exemple dans l'attitude de Bernard.
Le thème de la fausseté.
Lucien voit le monde comme un théâtre. « La pièce est finie ».
Lire l’œuvre comme du théâtre, tout le monde jouent un rôle caché derrière des masques.
Gide moraliste.
Conclusion → Ce premier chapitre est important parce que :
il annonce un roman hybride
il annonce un thème moraliste : l'hypocrisie de la société
nous oblige à être actif
plusieurs voix narratives
Bernard a un rôle important, en tant qu'adolescent en quête d'identité, transgression.